vendredi 25 septembre 2009

2008 Festival de Prédication #3

Jean 14:25-31 « Le Shalom singulier »
par le Dr Ralph Blair

« Je vous dis tout cela pendant que je suis encore avec vous. Mais le Défenseur, le Saint-Esprit que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit moi-même.

« Je pars, mais je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne.

« Ne soyez pas inquiets, ne soyez pas craintifs. Vous m’avez entendu dire que je pars, mais aussi que je reviendrai auprès de vous. Si vous m’aimiez, vous seriez heureux de savoir que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi.

« Je vous ai prévenus dès maintenant, avant que ces choses arrivent, pour qu’au jour où elles se produiront, vous croyiez. Désormais, je n’aurai plus guère l’occasion de m’entretenir avec vous, car le dominateur de ce monde vient. Ce n’est pas qu’il ait une prise sur moi, mais il faut que les hommes de ce monde reconnaissent que j’aime le Père et que j’agis conformément à ce qu’il m’a ordonné.

« Levez-vous; partons d’ici ».

Jean et les autres Evangélistes ne cachent pas le fait que les disciples de Jésus ne comprenaient pas toujours beaucoup de ce qu’il disait. Et bien que ces derniers aient été aimés et respectés quand les évangiles furent écrits, les Evangélistes ne les dépeignent pas comme de jolis saints en plastique.

Ce fait de la Bonne Nouvelle est lui-même une bonne nouvelle. C’est une indication que les auteurs ne cherchent pas à blanchir ce qui se passa. Il n’est pas dans notre nature déchue de nous présenter, nous et notre ‘cause’, sans le faire sous un jour favorable. Mais bien que la Bonne Nouvelle soit elle-même une interprétation, elle sonne vrai.

Jean nous dit que, à la fin de son discours de la Pâque juive, Jésus a dit tout ce qu’il est venu dire. Et il promet à ses disciples qu’ils n’auront pas à se creuser la tête pour se rappeler tout ce qu’il dit. Ils auront de l’aide pour se rappeler et comprendre ce qu’il dit. Ils auront l’aide du Saint-Esprit.

« Le Défenseur, le Saint-Esprit que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit moi-même ».

Quelle promesse ! La comprirent-ils ? Non, pas encore. La promesse ne s’était pas encore réalisée. Ce ne fut qu’au moment où le Père envoya l’Esprit au nom de Jésus que les disciples commencèrent à apprendre comme jamais auparavant tout ce qui s’était passé jusque-là.

Qui est ce Défenseur, le Saint-Esprit ? Le mot grec qu’emploie Jean, paraklatos, est passif et signifie ‘appelé aux côtés de’. Le Père appelle le Saint-Esprit à être aux côtés du chrétien, à peu près comme dans les tribunaux grecs, où un défenseur était nommé pour être aux côtés de l’accusé et pour faire tout son possible pour l’aider dans sa défense. Celui-là, un genre d’assistance juridique, ressemblait plus à comme un amicus curiae (un ‘ami au tribunal’) qu’à un avocat ‘professionnel’, comme nous les connaissons. Donc, les érudits nomment le Défenseur que le Père envoie au nom de Jésus « l’Ami au tribunal » (Leon Morris) ou « un autre qui vous prend sous son aile » (Ronald Knox) ou simplement « l’Ami » (C. K. Williams). Tous sommes d’accord : « Une seule traduction ne rend pas la complexité des fonctions [de l’Esprit] », par exemple, prendre le chrétien sous son aile, l’aider et le guider, témoigner de la vérité du Christ, et amener le monde à se repentir ». (R. E. Brown) Rassemblant tous ces thèmes, on le nomme « le Paraclet ».

A. M. Hunter d’Aberdeen, spécialiste du Nouveau Testament, l’exprime très bien. Quant à la déclaration de Jésus que le Paraclet « demeure auprès de vous et est en vous », Hunter affirme : « Il vient en tant que l’autre moi de Jésus, non pas tant pour le remplacer en son absence, mais pour confirmer sa présence. … Pendant l’Incarnation l’Esprit était avec les gens en Christ; depuis lors, le Christ a été dans les gens par l’Esprit ». En effet, dans la première épitre de Jean, ce dernier se réfère à Jésus comme notre défenseur quand il dit : « Nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ, le juste ». (1 Jean 2:1)

« Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne ».

Le mot qu’employa ici Jésus – traduit comme ‘paix’ – était le mot qu’employaient quotidiennement les Juifs pour saluer l’un l’autre à l’arrivée et au départ. En hébreu, c’est shalom. C’est un souhait que tout aille bien pour quelqu’un. Et comme c’est le cas pour nos propres salutations quotidiennes, c’était parfois plutôt superficiel. Et pourtant, c’était plus positif que l’idée typique de ‘la paix’ en grec. Pour l’esprit grec, comme pour le nôtre, ‘la paix’ a tendance de porter plus sur une absence de conflit plutôt que sur un état béni de bien-être – comme c’est le cas pour shalom. En fait, dire shalom à l’arrivée et au départ faisait toujours allusion aux bénédictions de Yahvé.

Mais ici, comme Jésus est sur l’article de la mort, une mort atroce qui sera la mort de la mort elle-même, et qui sera suivie de sa résurrection, il bénit ses disciples avec shalom, ce qui n’est pas de salutation ordinaire. Sa paix est, en effet, sa paix – à lui seulement. Lui seul peut donner sa paix. Le système de ce monde n’en a pas à donner.

En plus de toutes les notions fausses de l’amour, il y a toutes les notions fausses de la paix. Et un des faits qui dévoile la fausseté et la futilité de ces notions est le fait que ce monde est un monde déchu. Et ses notions sur l’amour et sur la paix sont tout aussi fausses. Les notions de ce monde sur l’amour et sur la paix ne tiennent pas compte de notre nature déchue. Donc, même si nous nous efforçons de surmonter notre nature déchue et essayons de répondre au fait d’avoir été créés à l’image de Dieu, nous échouons.

Et cela vaut pour les chrétiens aussi. Comme Thielicke nous le rappelle dans son livre sur ce qui ne va pas avec l’Eglise : « Tout ce que nous faisons a besoin du pardon, même nos actes au nom de l’ordre et de la structure du monde ». Tous nos actes au nom de ‘l’amour’ et de ‘la paix’ ont besoin du pardon – car toute motivation est complexe. Et tout ce que certains font au nom de « la sainteté du mariage » ou de « l’égalité du mariage », au nom de la « loi naturelle » ou des « droits LGBT », a besoin du pardon – car toute motivation est complexe.

Seules les motivations du Christ ne sont pas complexes. Seul l’amour du Christ est vrai. Et seule la paix du Christ est pure. Ce n’est vraiment comme nulle autre paix, Dieu merci !

Hoppe et Burger avaient déjà bien des pièces de la paix qu’a ce monde à nous offrir. Et puis, ils connurent la paix du Christ. Ainsi, ils savaient qu’il n’y avait pas de comparaison possible. Ils savaient que la paix du Christ ne ressemblait à aucune des pièces qu’ils en avaient jamais connues dans le système de ce monde. Et ils avaient eu plus que leur part de ce que le système de ce monde avait à leur offrir. Mais lorsque, dans cette année que Hoppe appelait « Cette Année de la Grâce », ils trouvèrent la paix du Christ – quand ils se laissèrent emporter par la paix du Christ – ils furent transportés du plus profond effroi et du plus profond désespoir à une paix même plus profonde et à l’espoir de la résurrection. [Robert Hoppe était un célèbre artiste new-yorkais qui, avec son partenaire Robert Burger, assistait aux études bibliques qu’anime le Dr Blair depuis 1975. En octobre 2008, au Festival de Prédication d’EC, on écoutait une cassette, enregistrée en 1989, où Hoppe racontait son histoire émouvante et parlait de sa foi en Christ et celle de son partenaire. Les deux sont morts de SIDA peu après l’enregistrement de cette cassette. – Traducteur]

Alors, comme Jésus nous bénit avec sa paix, son shalom qui donne la vie, il ajoute :

« Ne soyez pas inquiets, ne soyez pas craintifs ».

Encore une fois, voici ce rappel de ne pas craindre. Et, encore une fois, c’est lié avec la raison pour laquelle les disciples n’ont pas besoin de craindre. Ils sont donnés le shalom même de Jésus !

Jésus leur dit aussi de ne pas être craintifs. C’est la seule apparition du mot deilato, ‘craintif’, dans le Nouveau Testament. On pourrait rendre cette admonestation ainsi : « Ne soyez pas lâches. Soyez courageux. » Et comme toujours, cet impératif biblique est soutenu par l’indicatif. Ce qui est demandé est lié avec ce qui est. Nous avons été donnés la bénédiction de la paix du Christ lui-même. Donc, dans sa paix, comment pouvons-nous être inquiets ? Comment pouvons-nous être craintifs ?

Avec cela en tête, Jésus revient au thème de son départ imminent – un thème qui avait inquiété les disciples.

« Vous m’avez entendu dire que je pars, mais aussi que je reviendrai auprès de vous. Si vous m’aimiez, vous seriez heureux de savoir que je vais au Père ».

A moins que l’on ne connaisse quelqu’un, peut-on vraiment l’aimer ? Bien sûr, on peut chercher à garantir le bien-être d’une personne abstraite. Et cela peut être une expression de l’amour. Sachant comment vous voudriez être traité, vous pouvez extrapoler comment quelqu’un d’autre pourrait vouloir être traité. Et voilà la vocation d’amour dans la Règle d’or. Mais il y a également un amour plus scrupuleusement informé dont nous pouvons faire preuve envers quelqu’un que nous connaissons intimement.

Ce que Jésus dit à ces disciples, c’est que s’ils le connaissaient vraiment comme il voulait être connu, ils pourraient l’aimer comme il l’est vraiment. Et ils sauraient que son profond désir c’était de retourner à son Père. Puis, entendant de son retour à son Père, ils s’en réjouiraient. Alors, cet amour leur permettrait d’être contents que sa volonté, non la leur, soit faite.

Mais il leur fait part de ce qui se passe vraiment et de comment sa volonté et la leur sont toutes les deux en train d’être réalisées.

Comment cela ? En voulant que la volonté du Père soit faite. La volonté du Père est le mieux pour tout le monde. Le Père a raison. Et le Père veut ce qu’il y a de mieux, et l’accomplit. Pour souligner le sens de cela, Jésus dit à ces disciples :

« Le Père est plus grand que moi ».

Or, les disciples, comme vous le savez, avaient la plus haute estime pour Jésus. Ils avaient abandonné leurs moyens d’existence et leurs familles pour le suivre. Mais, en bons Juifs, il n’aurait pas été étrange de l’entendre dire : « Le Père est plus grand que moi ».

Mais cela peut nous sembler étrange. Pour des chrétiens fervents qui révèrent la Trinité, cela semble dire que Jésus ne fait pas vraiment partie de la Trinité. Et pour des sceptiques fervents qui se moquent de la Trinité, cela semble dire que Jésus ne fait pas vraiment partie de la Trinité. De quoi s’agit-il vraiment ?

La joie du sceptique et l’angoisse du chrétien sont sans fondement, et peuvent être enterrés avec un peu de perspicacité biblique. Voilà ce que les plus grands esprits du monde consacraient beaucoup d’efforts à clarifier il y a bien des siècles.

Pour commencer, il serait utile si tout le monde arrêtait de citer les textes hors contexte.

Deuxièmement, il faut comprendre que cet Evangile célèbre la plus haute christologie. Jean commence cet Evangile par affirmer : « Au commencement était celui qui est la Parole de Dieu. Il était avec Dieu, il était lui-même Dieu. Au commencement, il était avec Dieu. Tout a été créé par lui ; rien de ce qui a été créé n’a été créé sans lui. … Celui qui est la Parole est devenu homme et il a vécu parmi nous. Nous avons contemplé sa gloire, la gloire du Fils unique envoyé par son Père : plénitude de grâce et de vérité ! »

Troisièmement, dans tout l’Evangile, Jésus s’identifie à son Père d’une façon qu’aucun juif n’oserait jamais le faire. Et bien sûr, en le faisant, il provoqua la censure des chefs religieux. (Cf., e.g. 5:16-18, 10:30, 20:28, etc.)
Quatrièmement, dans tout l’Evangile, Jésus montre l’obéissance à la volonté de ce même Père. (Cf., e.g. 4:34, 5:19-30, 8:29, etc.)

Et alors, de quoi s’agit-il vraiment ?

Eh bien, Jésus affirme qu’il revient à celui qui l’envoya en premier lieu. Il n’est en aucun cas étrange de dire que l’envoyeur est ‘plus grand’ que celui qui fut envoyé.

Et l’attention de Jésus n’est pas centrée sur l’ontologie, l’étude philosophique de l’être. Pour ces hommes-là, cela aurait été une exotique perte de temps. Ces disciples perplexes et anxieux étaient-ils vraiment prêts pour un débat anachronique sur les points les plus subtils de la théologie trinitaire ? Pas vraiment. Mais ils étaient en effet prêts à entendre que, tout chaotiques que semblent les choses, leur Maître allait au Père, le Tout-Puissant, dont le règne s’étend sur tout.

Qui plus est, le Fils incarné parle ici d’homme à homme. Donc, en se référant au Père, ne devrait-il pas accorder que le Père est plus grand que lui-même ?

Nous sommes parmi ceux en qui le Saint-Esprit demeure comme promis, contrairement aux premiers disciples au moment où ils écoutaient Jésus donner ce discours. Donc, quand nous lisons que Jésus dit : « Le Père est plus grand que moi », qui sommes-nous pour ne pas prier que la volonté de notre Père soit faite ? Pour qui prenons-nous quand nous avons tellement confiance en nos propres compréhensions mesquines de ce qu’il en est, de ce qui est bien ou mal, vrai ou faux, et de toutes les autres choses dont nous parlons dans nos discussions et même dans nos études bibliques ? Si le Père est plus grand que le Fils, nous qui voudrions être les disciples du Fils ne pouvons donc pas faire moins que lui.

« Je vous ai prévenus dès maintenant, avant que ces choses arrivent, pour qu’au jour où elles se produiront, vous croyiez ».

Or remarquez : Jésus ne gaspille pas sa salive pour titiller une vaine curiosité, et Jean n’écrit pas cela pour chatouiller les orteils que l’on trempe avec indifférence dans l’eau vive non plus. Comme Jean le révèle vers la fin de son discours, il écrit « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant, vous possédiez la vie en son nom ». (20:31) Et ici, Jésus dit qu’il les a prévenus avant que ces choses arrivent, pour qu’au jour où elles se produiront, ils croient.

Il les a prévenus de quoi, avant que quoi arrive ? Ce qu’il leur dit et ce qu’il arrivera est tout ce que nous l’entendirent dans ce dernier discours. Et il leur dit pour qu’ils croient. Croire quoi ? Croire qu’il était exactement celui qu’il affirmait être. Et il dit qu’il y a peu de temps : « Je vous le dis dès maintenant, avant que cela ne se produise, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez que moi, je suis ». (13:19)

Les ennuis allaient venir. C’était bien évident. Il les prévit et y avança, fermement décidé à réaliser le but pour lequel il était venu. Mais il voulait qu’ils sachent qu’à travers tout cela, il avait été le Fils obéissant de son Père, pour eux. Il voulait qu’ils sachent qu’aussi noirs que soient les prochains jours, la chose importante qui allait tout changer serait la grâce même de Dieu dans et à travers Golgotha jusqu’à la matinée glorieuse dans le Tombeau du jardin.

« Désormais, je n’aurai plus guère l’occasion de m’entretenir avec vous, car le dominateur de ce monde vient. Ce n’est pas qu’il ait une prise sur moi … ».

Nous sommes maintenant arrivés au moment où Jésus doit quitter le repas de la Pâque juive et conduire ses disciples dehors dans le jardin sombre de Gethsémani où il ne rencontrerait pas simplement un Judas ou de prêtres et de gardiens du temple, mais le Mauvais, lui-même. Le prince de la méchanceté systémique de ce monde est impatient de vaincre Jésus. Mais Jésus dit que celui-là n’aura aucun moyen de l’attraper. Comment cela ? Le Mauvais attrape les pécheurs au moyen du péché du pharisaïsme. Mais le seul péché qu’apporta Jésus à Gethsémani et à Golgotha était à moi et à vous. Donc, la haine avec laquelle Satan rencontra le Sauveur à Gethsémani fut contrée par l’amour, et Satan n’avait aucun moyen de vaincre l’amour. Comme Jésus, le bon berger, avait dit un peu plus tôt dans l’Evangile de Jean : « Je donne ma vie pour les brebis. J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos ; celles-là aussi, il faut que je les mène … Personne ne m’enlève la vie ; mais je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner et j’ai le pouvoir de la reprendre ; tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père ». (10:15-16, 18)

Et alors là, dans la pièce du haut, Jésus dit encore une fois :

« … il faut que les hommes de ce monde reconnaissent que j’aime le Père et que j’agis conformément à ce qu’il m’a ordonné ».

Et maintenant il se dirige vers le jardin pour prier à son Père, pour s’assurer que la preuve terrible des prochaines heures est bien la volonté du Père. Si oui, « qu’il arrive non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ».

Et alors, en tant qu’agneau Pascal de Dieu, il se lève, se tourne vers les disciples et dit :

« Levez-vous ; partons d’ici ».

mercredi 23 septembre 2009

2008 Festival de Prédication #2

Jean 14:18-24 « Ménage de trois personnes »
par le Dr Ralph Blair

« Je ne vous laisserai pas seuls comme des orphelins ! » Voilà ce que Jésus promit à ses disciples. Il dit : « Je reviendrai auprès de vous. Sous peu, le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me voyez parce que je suis vivant et que, vous aussi, vous vivrez. Quand ce jour viendra, vous connaîtrez que je suis en mon Père; vous saurez aussi que vous êtes en moi, et que moi je suis en vous. Celui qui m’aime vraiment, c’est celui qui retient mes commandements et les applique. Mon Père aimera celui qui m’aime; moi aussi, je lui témoignerai mon amour et je me ferai connaître à lui.

Jude (non pas Judas Iscariote) lui dit : « Seigneur, pourquoi est-ce seulement à nous que tu veux te manifester, et non au monde? » Jésus lui répondit : « Si quelqu’un m’aime, il obéira à ce que j’ai dit. Mon Père aussi l’aimera : nous viendrons tous deux à lui et nous établirons notre demeure chez lui. Mais celui qui ne m’aime pas ne met pas mes paroles en pratique. Or, cette Parole que vous entendez ne vient pas de moi, c’est la Parole même du Père qui m’a envoyé ».

« Je ne vous laisserai pas seuls comme des orphelins ! »

Voilà une autre raison pour laquelle les disciples n’ont pas à s’inquiéter. C’est une autre façon de dire encore une fois : « Arrêtez de vous inquiéter ! »

Quel désir est plus profond que notre désir d’appartenir à quelque chose, d’être désiré, aimé et accepté ? Quelle anxiété plus insoutenable que la peur primale d’être abandonné ? Les gens mentent, volent, s’endettent et font toutes sortes de bêtises pour retrouver l’acceptation et éviter l’abandon.

Eh bien, parmi tous les nécessiteux que les prophètes hébreux avaient en tête, ceux dont le besoin était le plus désespéré étaient les veuves et les orphelins. Ils ne pouvaient pas se débrouiller tout seuls. Dans le monde ancien, où bien des parents moururent prématurément, les orphelins ne manquaient pas. Aujourd’hui, à part des photos des orphelins du génocide et de SIDA africains, ou celles des enfants abandonnés en Sibérie ou en Asie du sud-est, nous ne sommes pas normalement conscients des orphelins. Mais à l’époque de Jésus, les orphelins n’étaient pas rares. Tout le monde était bien conscient de la situation désespérée des orphelins. Donc, il ne fait aucun doute que c’était un grand soulagement que d’entendre Jésus promettre de ne pas les abandonner pour se débrouiller tout seuls.

Ils dépendaient de Jésus. Plus tôt, pendant le repas de la Pâque juive, il les avait traités de « petits enfants ». Maintenant il assure ses « petits enfants » qu’ils ne finiront pas par devenir orphelins.

Mais comment cela? Depuis un certain temps, il les préparait pour son départ. Naturellement, ils devenaient inquiets de ce qui allait leur arriver après son départ. Tout cela était si déroutant, si inquiétant. A en juger par ce qu’il leur disait et par l’opposition croissante des chefs religieux, il paraissait qu’ils allaient peut-être être laissés seuls et sans défenses contre la déception, l’abandon et le désespoir cruels.

Et rappelez-vous, nous avons été créés pour la communion – avec Dieu et l’un avec l’autre. Dieu fut le premier à dire qu’il n’était pas bon que nous soyons seuls. Et Hovie Lister [Hovie Lister (1926-2001) était un chanteur américain de gospel du sud. – Traducteur] ne fut pas le dernier à exprimer l’envie de tout le monde lorsqu’il écrit : « Il n’y a rien de pire que d’être seul. [Donc] prends ma main et conduis-moi là où personne n’est seul ».

Eh bien, quand Jésus promit à ses disciples qu’il ne les laisserait pas seuls, comme des orphelins, c’était la promesse la moins surestimée qu’on n’ait jamais faite. Comment cela ? Au-delà de quelques pages seulement du récit de Jean, on est permis d’écouter la prière de Jésus pour tous ses disciples – ceux avec qui il avait passé les trois années précédentes, et tous ceux qui allaient croire à travers leurs témoignages.

Voilà ce que Jésus demanda à son Père : « Je te demande qu’ils soient tous un. Comme toi, Père, tu es en moi et comme moi je suis en toi, qu’ils soient un en nous … Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un, comme toi et moi nous sommes un, moi en eux, et toi en moi. » (Jean 17:21-23). Le Fils demanda à son Père de nous adopter tous, nous donnant tous un nouveau nom dans la Demeure Sainte, une nouvelle identité, une nouvelle responsabilité et la sécurité éternelle dans l’Amour Trinitaire de Dieu. Rien ne ressemble être orphelin moins que cette prière exaucée.

« Je reviendrai auprès de vous ».

Il est ici et il reviendra auprès de nous ? Que veut-il dire ? En grec, le présent implique à la fois la certitude et la nature continue de son retour. Il pourrait se référer ici à son prochain retour dans son corps de résurrection, à son retour plus tard dans le Saint-Esprit, et à son avènement communément appelé ‘second’ à la fin, quand il jugera le monde.

« Le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me voyez ».

Jésus dit à ses disciples que, sous peu, le monde incroyant ne le verra plus. Et, effectivement, après la crucifixion, le monde incroyant ne le voyait plus. Et pourtant, dans le texte grec, Jésus dit que, bien que le monde ne le voie plus, « vous me voyez ». Le présent signifie que les disciples continueront à le voir jusqu’à l’avenir indéfini.

En effet, ces disciples ne seraient dépourvus de lui que sur une courte durée de « trois jours » (selon la façon juive de compter les jours). Mais le monde ne le verrait pas alors. Après sa crucifixion et résurrection, le monde ne le voyait plus. Et quand vint l’Esprit, le monde ne voyait pas l’Esprit. Il voyait les effets de l’Esprit. Mais il ne ‘voyait’ pas l’Esprit. Le système de ce monde-ci a-t-il jamais ‘vu’ Jésus ? Le système de ce monde-ci a-t-il jamais ‘vu’ le Saint-Esprit ? Le système de ce monde-ci crucifia Jésus. Il lui en veut. Il le refuse. Et il résiste à son Saint-Esprit. Pourquoi ? Parce que le système de ce monde est spirituellement aveugle. Et le plus aveugle est celui qui refuse de voir.

Mais les croyants à travers l’histoire le voyaient à travers les yeux de la foi. Et les croyants d’au-delà de ce temps et de cet espace peuvent le voir face à face.

« Parce que je suis vivant, vous aussi, vous vivrez ».

Il existe une idée populaire que nous sommes tous immortelles. Mais cette idée ne provient pas de la Bible. Hier soir, nous entendîmes Thielicke en discuter quand il parla de son prochaine mort : « Il ne me faut pas compter sur mon âme immortelle [car] l’âme n’est pas immortelle ». Il dit qu’il s’approchait de la mort « avec confiance », grâce à « celui qui a la vie et le jugement dans ses mains ». Thielicke d’affirmer : « C’est par la grâce seule que je prends part à la résurrection ». (2 Cor 4:7) Thielicke le crut parce Jésus avait promu : « Parce que je suis vivant, vous aussi, vous vivrez ».

Le seul espoir pour la vie – ici et dans l’au-delà – est le fait de la résurrection de Jésus-Christ, notre Sauveur et Seigneur, crucifié et vivant.

« Quand ce jour viendra, vous connaîtrez que je suis en mon Père; vous saurez aussi que vous êtes en moi, et que moi je suis en vous ».

Quel jour ? Le jour où Jésus reviendra á son Père. A ce moment-là, ses disciples reconnaîtront de façon plus complète que jamais auparavant que ce sont eux qui sont dans le Père, et que Lui est en eux, eux aussi. Le mystère de l’unité à laquelle il prenait part avec son Père – dont il avait si souvent parlé – les inclura maintenant, eux aussi ! Qu’est-ce que cela peut signifier ? Cela signifie que ce n’est pas seulement le Christ qui vit, mais nous, nous aussi, sommes vivants en Christ, et continuerons à vivre. C’est dans sa vie que nous vivons !

Mais il y en a plus. Il y en a plus sur ce que cela signifie. Dans le Christ vivant, ce qui est, bien sûr, le Christ qui aime, non seulement nous vivrons, mais nous, nous aussi, aimerons !

« Celui qui m’aime vraiment, c’est celui qui retient mes commandements et les applique ».

Jésus l’exprime d’une manière révélatrice : « celui qui retient mes commandements et les applique ». C’est une chose d’avoir ses commandements. Mais cela ne suffit pas. Les avoir est une obligation, mais pas nécessairement une constatation. Les retenir vraiment, c’est leur obéir – les intégrer en soi, pour imiter le Christ.

Les gardiens des commandements ne leur obéissent pas toujours. Mais ceux qui obéissent aux commandements prouvent par leurs actes qu’ils aiment celui qui les appela à obéir à ses commandements. Et voilà comment ils font preuve de leur amour pour lui. Ils en font preuve en obéissant à son commandement d’amour.

Et c’est un tel amour qui peut réaliser l’amour parce qu’il naît dans l’unité d’une nouvelle « trinité d’amour ». Cet amour est réalisé dans le don divin d’une humanité qui est née de nouveau dans le Fils de Dieu. Le Fils aime le Père et le Père aime le Fils (Jean 3:35; 5:20), et le Père aime ceux qui aime le Fils, et le Fils les aime, lui aussi.

Voilà l’allusion d’une révélation d’un mystère au cœur même de la Réalité. L’amour ! Le Dieu qui est Amour ! Et, depuis le cœur profond du Dieu qui est Amour et l’amour avec lequel nous sommes aimés, nous sommes invités, et ennoblis, à répondre en amour pour Dieu et l’un pour l’autre, voire pour nos ennemis.

Mais comme Jean l’écrivit dans l’une de ses lettres : « Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, parce que Dieu est Amour ». (I Jean 4:8) Et, comme encore un autre ‘Jean’ – John Newton – l’écrivit dans une de ses lettres : « Je suis convaincu que l’amour et l’humilité sont les plus hauts accomplissements dans l’école du Christ, et les preuves les plus brillantes qu’Il est bien notre Maître ».

« Seigneur, pourquoi est-ce seulement à nous que tu veux te manifester, et non au monde? »

Voilà la question pertinente à ce point du discours de Jésus ? De toute évidence Jude n’entendit pas beaucoup de ce que Jésus avait dit, puisqu’il avait dit que le monde ne le verrait plus, même si les disciples le verraient. Distrait par la logique ou par la logistique, il n’entendit pas les propos de Jésus sur la vie et sur l’amour !

Jude s’enlisait dans une fascination excessive pour les détails inévitablement frustrants de l’eschatologie. Voyez-vous, Jésus avait dit que « tous les peuples de la terre … verront le Fils de l’homme [sa référence à lui-même la plus typique] venir sur les nués du ciel avec beaucoup de puissance et de gloire ». (Matt 24:31) Donc, comment se fait-il que « tous les peuples de la terre » ne le voient pas ?

Franchement, Jude parlait probablement pour d’autres disciples aussi. Parlait-il également pour certains d’entre nous ? Ne pouvons-nous pas nous laisser distraire par des contradictions apparentes ? Ne pouvons-nous pas, nous aussi, nous enliser dans les menus détails des affaires mineures, et dans tous les détails de comment, quand, où et pourquoi nous ignorons le commandement d’amour de Jésus ? En réponse directe à son amour pour nous, nous sommes appelés à et honorés d’imiter son amour ? Ce même soir, il leur avait accordé le don de ce qu’il appelait « un commandement nouveau », enregistré dans le chapitre précédent de cet Evangile : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ! » (Jean 13:34)

Mais oui, Jude paraît s’être laissé emporter par ses propres idées, et donc il passa à côté de la question. Il est très facile de passer à côté de la question quand on se laisse emporter par ses propres idées. Il est très facile de ne pas comprendre Jésus quand on se laisse emporter par n’importe quoi d’autre : que ce soit ecclésiastique, philosophique, politique, économique, esthétique, social, sexuel – ou tout le reste.

Toutefois, Jésus ne réprimande pas Jude. Et il ne répond pas à la question du point de vue de l’interrogateur, restrictif et sans pertinence, non plus. Jésus rencontre l’interrogateur là où il est, et l’invite à se mettre à la page sur la destination vers où Jésus se dirige depuis que l’interrogateur s’y est perdu. Et la destination vers où Jésus se dirige est l’amour. La réponse la plus vraie et la plus utile à la question de Jude, ainsi qu’à presque toutes de nos propres questions, est l’amour, mis en pratique.

Jésus lui répondit : « Si quelqu’un m’aime, il obéira à ce que j’ai dit. Mon Père aussi l’aimera : nous viendrons tous deux à lui et nous établirons notre demeure chez lui. Mais celui qui ne m’aime pas ne met pas mes paroles en pratique.

Voilà la réponse de Jésus à la question de Jude. Ce n’est pas en termes de la question posée par Jude, mais Jésus le mit au courant.

Est-il étrange que Jésus – ou n’importe qui d’autre, d’ailleurs – doive faire remarquer que l’amour inclut prendre au sérieux ce que dit la personne qu’on aime ? A l’époque de Jésus, comme aujourd’hui, il semblait plus facile de parler de l’amour que de le mettre en pratique. Le mot ‘amour’ est si souvent mal employé. Les gens disent qu’ils ‘aiment’ Dieu avec autant d’enthousiasme que lorsqu’ils disent qu’ils ‘aiment’ s’entraîner ou se mettre au régime. Tout n’est qu’une question d’un moyen d’arriver à ses fins. C’est pourquoi certains parlent du sexe comme si c’est ‘l’amour’. Ils peuvent dire « je t’aime » mais cela peut ne signifier rien de plus que « je m’aime et je voudrais me servir de ton corps pour me donner plaisir ». Ne pouvons-nous pas oublier ce truc sur aimer nos ennemis ? Qui fait cela vraiment ? N’avons-nous pas tendance à n’aimer que ceux auxquels nous nous identifions ? Nous ‘aimons’ ceux qui nous ressemblent et que nous aimons bien ? Et ceux qui ne nous ressemblent pas, ou du moins, ceux que nous essayons de nous convaincre ne nous ressemblent pas ? Et ceux que nous n’aimons pas ? Combien d’efforts faisons-nous pour aimer ceux-ci ? Mais ce gars-là est tellement homophobe ! En quoi cela est-il important ? Nous ne sommes pas appelés à être d’accord avec lui sur rien. Mais nous sommes ordonnés à l’aimer – à chercher son bien-être tout comme le nôtre. En fait, en tant que disciples, nous sommes appelés à aller même au-delà de la règle d’or. Nous sommes appelés à aimer tous les autres croyants de la même façon que Jésus nous aima. Et comment cela ? Jésus mit cela en pratique de plein gré, même jusqu’à la mort de la croix. Avons-nous déjà fait autant d’efforts pour quelqu’un ? Evidemment non.

Nous avons tendance à penser à ‘l’amour’ comme un sentiment. Donc, naturellement – en raison de notre nature déchue, c’est-à-dire – nous ‘aimerons’ ceux qui nous font plaisir, ceux qui nous attirent involontairement, ceux que nous pouvons facilement comprendre, ceux qui, nous espérons, peuvent nous aider. Et donc, ‘l’amour’ que nous tendons à avoir en tête est quelque chose d’égoïste. Il se concentre sur nous-mêmes et nulle part ailleurs.

Mais quand Jésus parle de l’amour que nous devons montrer l’un à autre et même à nos ennemis, il parle d’un amour d’abnégation – une ressource qui provient des réservoirs les plus profonds de l’amour que lui et son Père ont l’un pour l’autre et pour nous aussi.

Dans un petit livre sur les problèmes au sein de l’Eglise, Thielicke écrit : « La condition préalable de l’amour est qu’il faut avoir de la considération pour celui qui est différent de soi-même ». Il y ajoute : « Et cette considération est nourrie dans l’école de Jésus-Christ ».

Comme nous sommes complètement différent de Dieu qui créa le cosmos incompréhensible et créa nous tous à Son image ! Et pourtant, Dieu aime chacun d’entre nous dans toute notre diversité. Comme Dieu est différent de nous, parce qu’il nous aima en nous donnant la vie et en nous donnant la nouvelle vie de salut au moyen de la mort et la résurrection de son Fils ! Et maintenant, en tant que bénéficiaires de cet amour incalculable, il est à nous de montrer notre gratitude et d’imiter notre Père et son Fils en aimant Dieu et l’un l’autre dans toute notre diversité, quelque désagréable que cela puisse paraître.

Et remarquez, celui qui prend Jésus au sérieux, celui qui prend au sérieux le Père qui envoya Jésus : c’est celui auprès de qui Jésus et le Père tous les deux établiront leur demeure, pour toujours. Dieu le Père et Dieu le Fils, tous les deux, viendront et demeureront auprès de tous ceux qui veulent vraiment vivre dans un tel ménage. C’est auprès du croyant accueillant que le Père et le Fils tous les deux choisissent à établir une demeure affectueuse. Mais ils ne vont pas là où ils ne sont pas les bienvenus. La question n’est pas : Dieu veut-il vivre avec vous ? La réponse à cette question-là est Oui – écrite en sang depuis avant le début du temps. Voilà la question : Voulez-vous vivre avec Dieu ? La réponse à cette question dépend de qui ou de quoi vous préféreriez avoir en lieu de cela. Il est bizarre que des gens qui prétendent vouloir aller au ‘Ciel’ dans l’au-delà, semblent n’avoir aucun intérêt à vivre avec Dieu dans l’ici et maintenant.

« Or, cette Parole que vous entendez ne vient pas de moi, c’est la Parole même du Père qui m’a envoyé ».

Qui, sinon quelqu’un qui est soit trompé soit trompeur, pourrait dire une chose pareille – à moins qu’il ne soit vraiment le Fils du Père ?

Ici, encore une fois, nous avons – dans le même cas – la haute christologie que provient, comme nous l’avons vu, des révélations de Jésus lui-même et du témoignage qui nous a été transmis par ses premiers disciples. Et pourtant, Jésus fait une humble distinction entre lui-même et le Père. Celui-là est tellement proche du Père qu’il peut prononcer la parole même du Père, Lui-même. Et pourtant, il précise qu’il y a un sens dans lequel la parole appartient au Père et non à lui.

Mais alors, qui est-ce qui parle ? N’est-ce pas celui que Jean, au début de cet Evangile, identifie comme étant la Parole même de Dieu ? Jésus n’est-il pas lui-même la Parole de Dieu en chair et en os – celui dans qui, comme Jean l’exprime, « nous avons vu la gloire même de Dieu » ? Qui d’autre, à part la Parole même de Dieu, peut prononcer la parole même de Dieu ? Et la parole de Dieu est « Je vous aime ! »

Si c’est bien le cas – et les gens l’ont su depuis des siècles – comment pouvons-nous ne pas y prêter attention ? Voilà les paroles mêmes de la vie qui proviennent du Créateur de la vie et le Rédempteur de la vie : « Je vous aime ! » Voila les paroles mêmes de Celui qui, selon Jean, se dressait devant l’église tiède à Laodicée : « Voici : je me tiens devant la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi ». (Apocalypse 3:20)

Y a-t-il quelqu’un qui l’entend frapper à la porte ? Y a-t-il quelqu’un qui veut l’entendre frapper à la porte ? Y a-t-il quelqu’un qui écoute ? Y a-t-il quelqu’un qui est partant pour ouvrir la porte ? Pouvons-nous faire place au Sauveur qui fait place aux pécheurs ?

lundi 21 septembre 2009

2008 Festival de Prédication #1

Jean 14:1-17 « Confiance en Dieu et en qui ? »
par le Dr Ralph Blair

Les trois sermons de ce week-end sont tirés du 14e chapitre de l’Evangile selon Lazare. (Ben Witherington) Ou est-ce Thomas ? (James Charlesworth) Ou peut-être Marie de Magdala ? (Esther de Boer) Ces trois personnes ont toutes été suggérées comme auteurs possibles de l’Evangile qui – depuis le deuxième siècle jusqu’à la plupart du XVIIIe siècle – était attribué à Jean, le disciple de Jésus qui s’appelait « celui que Jésus aimait ».

Techniquement, bien sûr, cet évangile, le dernier des quatre dans notre Bible, est anonyme.

Les érudits voient des indices internes et externes que Jean était bien l’auteur, et le débat actuel sur la paternité de l’évangile se limite principalement à un petit groupe de spécialistes.

En tout cas, celui qui écrivit cet évangile était intimement lié au ministère de Jésus. Et il y a des signes de la langue araméenne derrière le texte grec, ainsi qu’une connaissance des influences hellénistiques qui auraient été familières à tout Galiléen.

Jean et son frère aîné, le disciple Jacques, étaient fils de Zébédée, un pêcheur galiléen. Vous vous rappelez peut-être que leur mère était la ‘mère poule’ qui essaya de persuader Jésus de nommer ses fils aux meilleurs postes administratifs dans ce qui serait, croyait-elle, son règne à venir sur terre. Jean est celui qui se précipita vers le sépulcre et, probablement en raison de sa jeunesse, dépassa Pierre pour vérifier le rapport de Marie de Magdala sur le corps manquant de Jésus.

Tandis que Hérode fit décapiter Jacques peu de temps après la crucifixion de Jésus, Jean vécut jusqu’à un âge avancé à Ephèse, ayant pris soin de la mère de Jésus chez lui, en réponse à l’invitation de Jésus sur la croix. Cet évangile fut écrit en 90 après J.C. environ. Si Jean avait été dans ses années 20 pendant le ministère terrestre de Jésus, il aurait eu entre 75 et 85 ans en 90 après J.C.

Le but du livre entier est d’évangéliser, comme fait remarquer l’auteur à la fin : « Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom ». (20:31)

Ici dans le 14e chapitre, on est à la fin du dernier repas de la Pâque juive que partageait Jésus avec ses disciples – ce que les chrétiens appellent « la Cène ». Ce qui suit est le dernier des discours donnés par Jésus avant d’aller sur la croix.

On y lit :

Jésus dit à ses disciples : « Arrêtez de vous inquiéter. Ayez confiance en Dieu et ayez aussi confiance en moi. Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ; si ce n’était pas vrai, je vous l’aurais dit : en effet je vais vous préparer une place.

« Lorsque je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que vous soyez, vous aussi, là où je suis.

« Vous connaissez le chemin qui conduit où je vais ».

Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous en connaître le chemin ? »

Jésus lui répondit : « Je suis le chemin, la vérité, la vie. Personne ne peut aller au Père autrement que par moi. Si vous me connaissiez vraiment, vous connaîtriez aussi mon Père. Et dès maintenant vous le connaissez, vous l’avez vu ».

Philippe intervint : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffira ».

« Eh quoi, lui répondit Jésus, après tout le temps que j’ai passé avec vous, tu ne me connais pas encore, Philippe ? Celui qui m’a vu, a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et le Père est en moi ? Ce que je vous dis, je ne le dis pas de moi-même : le Père demeure en moi et c’est lui qui accomplit ainsi ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père et le Père est en moi. Sinon, croyez au moins à cause des œuvres que vous m’avez vu accomplir.

« Vraiment, je vous l’assure : celui qui croit en moi accomplira lui-même les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes parce que je vais auprès du Père. Et quoi que ce soit que vous demandiez en mon nom, je le réaliserai pour que la gloire du Père soit manifestée par le Fils. Je le répète : si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.

« Si vous m’aimez, vous obéirez à mes commandements. Je demanderai au Père de vous donner un autre Défenseur pour vous venir en aide, afin qu’il soit toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable de recevoir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas. Quant à vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous ».

« Arrêtez de vous inquiéter ! »

Voilà ce que Jésus dit à ces disciples : « Arrêtez de vous inquiéter ! »

Naturellement, ils s’inquiétaient. Jésus avait parlé de sa prochaine mort. Il venait de se référer à un traître parmi eux. (Jean 13:21) Et il leur avait dit qu’il allait partir sans eux, et ils ne pouvaient pas l’y suivre. (13:33,36) Pourquoi donc ne s’inquiéteraient-ils pas ?

Or, comme certains d’entre vous m’ont entendu dire ad nauseam, cela ne sert à rien de dire à quelqu’un de ne pas s’inquiéter. L’inquiétude est involontaire et n’est pas soumise aux ordres de s’arrêter. L’inquiétude est un sentiment, et on ne peut pas ordonner à un sentiment d’arrêter. Jésus ne s’en rendait-il pas compte ? Jésus ne savait-il pas que cela n’avait pas de sens d’ordonner aux disciples d’arrêter de s’inquiéter ? Jésus ne savait-il pas qu’un sentiment découle de ce qu’on pense, de ce qu’on se dit à soi-même ? Et la pensée qui fait s’inquiéter est la conviction qu’on est en danger.

Eh bien, Jésus le savait très bien. Il savait que cela n’avait pas de sens de simplement commander un sentiment. Et il n’a pas fait cela. Il savait que si ses disciples pouvaient repenser la conviction qu’ils étaient en danger, leurs inquiétudes se dissiperaient. Mais à moins qu’on n’ait une raison suffisante pour changer d’avis sur la pensée derrière le sentiment, on ne peut pas changer d’avis. On est alors coincé avec le sentiment non voulu.

Jésus savait qu’il lui fallait détourner ses disciples de la conviction qu’ils étaient en grand danger. Voilà pourquoi Jésus ne leur dit pas tout simplement de ne pas s’inquiéter. Il leur dit ce dont ils avaient besoin d’entendre pour changer d’avis. Il confirma sa déclaration qu’ils devraient « arrêter de s’inquiéter » en leur rappelant de continuer à avoir confiance à Dieu. Ici la construction grecque pourrait être soit indicative, soit impérative – une description de ce qu’ils faisaient déjà ou une directive pour faire ainsi. Il y en a probablement un élément de chacune. Il y a toujours une raison d’approfondir notre confiance en Dieu. Et c’est la confiance en Dieu qui répond aux inquiétudes. Comme l’expliqua Jean Calvin : « Lorsque nous voyons un Pilote guider le navire dans lequel nous voyageons, celui qui ne nous permettrait jamais de périr, même au beau milieu des naufrages, il n’y a aucune raison pour que nos esprits soient accablés de peur et de lassitude ».

Mais à sa déclaration « Ayez confiance en Dieu » il ajouta : « ayez aussi confiance en moi ». Là, dans un parallélisme sémitique typique, Jésus joignit deux déclarations qu’aucun juif n’aurait dû prononcer dans une seule phrase.

« Ayez confiance en Dieu et aussi en moi ».

« Ayez confiance en Dieu et aussi en moi » ? Même certains pasteurs des méga-églises de nos jours, atteints de mégalomanie, y réfléchiraient à deux fois avant de pousser leurs fidèles d’avoir « confiance en Dieu et aussi en moi ». Que penseriez-vous si McCain ou Obama disaient cela ? Que penseriez-vous si je disais cela, moi – ou si votre meilleur ami ou votre partenaire le disait ? Vous penseriez que quelqu’un qui disait une telle chose est vachement fou. Et, selon le DSM-IV, « vachement fou » est un trouble mental. [Le Dr Blair plaisante, bien entendu. Le DSM-IV est le manuel des troubles mentaux publié par l’Association des psychiatres américains (APA). – Traducteur]

Il serait assez bizarre de dire une chose pareille aujourd’hui. Mais qu’un juif du premier siècle ait dit une chose pareille à Jérusalem, le siège de la religion la plus profondément monothéiste que le monde n’avait jamais vue, ne serait pas simplement bizarre, mais blasphématoire – une abomination.

Et pourtant, Jésus le dit. Et il le dit à des hommes qui avaient vécu avec lui pendant trois ans. Qui oserait faire une remarque pareille à ceux qui l’avaient accompagné pendant trois ans ? Gardez à l’esprit, ces gars ne savaient pas qui ils étaient. Ils ne savaient pas qu’ils étaient Saint Pierre et Saint André et Saint Thomas et les autres saints. Ils ne se considéraient l’un l’autre que comme Pierrot, Dédé, Thom et les autres gars. Et ils ne voyaient pas Jésus depuis l’autre bout de 2.000 ans de l’histoire universelle.

On avait toujours dit aux juifs d’avoir confiance dans le Seigneur. Mais aucun juif n’avait jamais demandé à d’autres juifs d’avoir confiance en Dieu et aussi en lui-même ! César essaya de leur dire d’avoir confiance en lui en tant qu’un dieu en même temps qu’en leur dieu ‘régional’, et cela n’était certainement pas bien accueilli.

C’est encore un autre exemple des nombreux cas où le but de l’auteur de cet Evangile se réalise. Il avait introduit à ses lecteurs la Parole Eternelle devenue homme au tout début, et ici, il continue dans la même veine.

‘Ayez confiance en Dieu’ – encore moins ‘ayez confiance en Jésus’ – est peut-être devenu un tel cliché qu’il est peut-être utile de faire une pause pour examiner ce que signifie une telle confiance.

Dans une méditation sur « Que signifie avoir confiance ? » Thielicke parle d’une correspondance qu’il avait entretenue avec un jeune soldat pendant la guerre. Le jeune homme traumatisé lui avait écrit une lettre où il lui demanda : « Comment Dieu peut-il permettre cela ? » Voici une partie de la réponse de Thielicke :

« Il est vrai, bien sûr, que même ceux dont Dieu avait ouvert les yeux ne pouvaient pas voir tous les mystères du Christ. Peut-être juste un peu plus tard furent-ils terrifiés par ce qu’ils virent se passer à Golgotha ». En effet, très peu après, les disciples se dispersèrent, frappés de terreur. Thielicke poursuit, reprenant la question du soldat : « Il se peut que même les disciples, en proie à un désespoir morne, aient commencé à demander : ‘Comment Dieu peut-il permettre une chose pareille ?’ ... Car même des yeux illuminés ne sont pas encore des yeux qui ‘voient’. Non, ceux-ci appartiennent à ceux qui ‘marchent par la foi, non par la vue’ (2 Cor 5:7) ; ils appartiennent à ceux qui font confiance aux ‘plus hautes pensées’ de Dieu, bien au-dessus d’eux ; ils appartiennent à ceux qui, jour après jour, enterrent leurs prières et leur entendement dans la volonté de Dieu, en dépit des protestations de l’âme, de l’esprit et de la raison. Cela – affirma Thielicke – et cela seul, est la confiance. Voilà ce que signifie la foi ».

Il conclut alors : « Il se fait tard maintenant, mon ami, et je suis allé dehors prendre une bouffée d’air frais sur la terrasse. En bas se trouve la plaine obscurcie du Rhin, dépourvue de lumière. Plus d’un soldat s’est joint à ses êtres chers en regardant les étoiles la nuit, de sorte que leurs lignes de vision puissent se croiser au loin. Il se peut que vous, vous aussi, regardiez là-haut à ce moment même.

« Mais je ne peux encore rien voir. Le ciel est noir et sombre, bien que je sache qu’il n’y a pas de nuages. L’éclat de ma lampe de bureau inonde encore mes yeux. Et nous ne voyons jamais le firmament tant que les lumières humaines dominent nos yeux. Dans un instant elles seront éteintes ; les étoiles deviendront alors visibles. D’abord, les brillantes, et puis les éloignées, dans l’espace bien au-delà de mon entendement. Alors, la gloire du firmament s’étendra au-dessus de moi, et je saurai que, même alors, il y a énormément d’étoiles et d’espaces que je ne peux pas voir. Mais ce sont tous sous le même ciel, et il y a des yeux qui les ont tous comptés, des yeux qui les connaissent tous ».

« Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures … je vais vous y préparer une place. … je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que vous soyez, vous aussi, là où je suis ».

Jésus discute de la maison de son Père où, assure-t-il à ses disciples, il y a une demeure pour chacun d’eux. Il leur dit qu’il va les y préparer une place pour qu’ils, eux aussi, puissent vivre avec lui, là où il vit. Et il dit qu’ils savent déjà le chemin de la maison du Père.

Mais Thomas a du mal à comprendre. Il a l’air de ne pas se rendre compte que Jésus parle d’aller à son Père. Donc, Thomas dit que puisque aucun d’eux ne sait où Jésus va, on ne peut pas s’attendre à ce qu’ils connaissent le chemin. Mais le chemin du Père n’est pas un chemin de ce monde. Donc, Jésus dit :

« Je suis le chemin ».

Nous avons tous entendu que « tous les chemins mènent à Rome ». Mais est-ce vrai ? Eh bien, à partir de tous les Interstates [Les « Interstates » (et I-95) se réfèrent au réseau de grandes routes nationales aux Etats-Unis continentaux qui enjambent le pays entier, mais non sur une île comme Hawaï en plein milieu de l’océan (voir le prochain paragraphe). – Traducteur] on peut parvenir à I-95. Et I-95 nous mène au Garden State Parkway qui mène à l’Avenue Asbury et puis au Main Street et ensuite au Main Avenue ici à Ocean Grove et puis au Pilgrim Pathway juste devant cette chapelle. Depuis là on peut continuer vers Ocean Pathway, marchant vers l’est, en direction de Rome. On peut descendre des planches vers un petit sentier qui donne sur la plage et puis jusqu’au bord de l’eau. Mais Rome est à l’autre côté de l’océan. Aucun chemin ne mène d’ici à Rome. Entre ici et là, il y a « un grand abîme ». [Voir Luc 16:26.] Tous les chemins ne mènent pas à « la ville éternelle ».

Kirk Talley dit qu’il roulait une fois à moto le long d’une grand-route en Hawaï. Des camionneurs qui roulaient à toute vitesse le forçaient à maintes reprises à quitter la chaussée, tout en klaxonnant bruyamment et faisant des gestes vulgaires. Il décida donc de prendre des routes locales. Mais il se perdit. Il ne pouvait pas alors trouver le chemin qui menait à ce qu’il appelait « l’Interstate ». Je lui dis : « Kirk, si tu cherches l’Interstate en Hawaï, tu es plus perdu que tu ne penses ».

C’est vrai pour les métaphores comme pour les cartes : tous les chemins ne mènent pas à Rome. Tous les chemins ne mènent pas chez soi. Tous les chemins ne mènent pas à Dieu. Il y a des détours et des impasses. Les chemins ne mènent pas où nous le présumons ; ils se terminent sans parvenir à la destination qu’on nous avait promise. Nous sommes peut-être plus perdus que nous ne pensons.

Dans le dernier sondage réalisé auprès des Américains sur la religion, fondé sur des entrevues avec 36.000 gens, 70 pour cent des Américains affiliés à une religion étaient d’accord sur le suivant : « bien des religions peuvent mener à la vie éternelle ». Est-ce surprenant ? Ce qui est choquant, c’est que 57 pour cent des chrétiens évangéliques sont du même avis. Le directeur du Centre pour l’étude du christianisme mondial à Gordon-Conwell (séminaire théologique et évangélique au Massachusetts) affirma que les réponses reflétaient tant l’ignorance théologique qu’un « sécularisme fade ».

Dans le Sermon sur la montagne, Jésus dit qu’il n’existe que deux chemins – seulement deux. Et, contrairement à ces deux chemins rationalisés qui, une fois, « divergeaient dans un bois jaune », la plaisanterie de Robert Frost pour initiés « aux dépens de ceux – dit-il – qui croyaient peut-être que j’allais vivre assez longtemps pour regretter le chemin que j’avais choisi dans ma vie », Jésus voulait dire que le chemin qu’on choisit dans la vie est bien une question de vie ou de mort. Ce que Frost voulait dire c’est que le chemin qu’on choisit dans la vie n’a pas d’importance. Mais pour Jésus, c’est très important. Il n’existe que deux chemins, dont l’un est le chemin spacieux qui mène à la perdition. L’autre c’est le chemin resserré qui mène à la vie. (Matt 7:13-14) Nombreux sont ceux qui prennent le chemin large vers la perdition. Mais peu nombreux sont ceux qui suivent ce petit sentier vers la vie.

Le mot grec employé ici pour « la vie », c’est zoan – c’est la vraie vie, la vie éternelle, la vie de l’Auteur de la vie, Jésus qui est la Vie, lui-même. Evidemment, Jésus ne se réfère pas ici simplement à la vie biologique. Cette vie éternelle qui se trouve le long du petit sentier qui est le contraire de ‘la destruction de masse’ au bout du chemin spacieux des masses.

Or, gardez à l’esprit que sa discussion sur les « peu » qui trouvent le chemin resserré de la vie est hyperbolique. « D’un autre point de vue », comme le fait remarquer un érudit biblique, Jésus promit « une moisson abondante ». (9:37-38) : « Les débuts d’un royaume sont peut-être modestes, mais la promesse de l’avenir est grande ». (Donald A. Hagner) Le royaume ressemble à une graine de moutarde qui pousse jusqu’à ce qu’elle devienne assez grande pour que les oiseaux puissent nicher dans ses branches. (13:31-33)

Et maintenant, là, près du bout de son temps avec son cercle rapproché de disciples, et se référant à lui-même comme la Vérité, il dit : « Je suis le Chemin », « Je suis la Vie ». La Vérité leur dit la vérité : « Personne ne peut aller au Père autrement que par moi ». Que voulait-il dire ?

Il y a un article sur « Une recette de la compréhension » qu’aucun d’entre vous n’a vu, j’en suis sûr. Comment puis-je en être si sûr ? C’est dans le numéro de l’automne de la revue d’AARP. [AARP (l’Association des retraités américains) est une association des gens de plus de 50 ans.] Il traite d’un mouvement à Denver dit « Tables communes ». Plusieurs athées, quelques baptistes, un juif, un bahaï et quelques musulmanes se retrouvent chez l’un, chez l’autre pour dîner et causer. La seule règle : Défense d’« évangéliser » ! Voyez-vous, tous les avis sont égaux sauf cet avis que tous les avis sont égaux. Il l’emporte sur tout autre avis. Mais les Postmodernes ne s’en aperçoivent pas. Les rédacteurs d’AARP pensent qu’il est très à la mode d’interdire de promouvoir la foi en Christ. Mais ils remplissent leur revue avec des publicités poussant les lecteurs à acheter toutes sortes de trucs, et des rubriques d’aide telles que « Celui qui démystifie tout » et « Le voyageur anticonformiste ».

Si vous êtes trop jeune pour AARP, essayez « La botte qui en dit long sur vous » au Gap, où chaque vêtement « convient à ton propre style ou philosophie personnels ». Le Gap nous dit : « Invente ta propre philosophie® ». Mais cela, c’est la philosophie du Gap ? Et on voudrait l’imposer sur autrui ?

J’ai récemment lu autre chose. C’est une citation du poète, Robert Brault, qui dit : « Aujourd’hui j’ai déformé la vérité pour être aimable, et je ne le regrette pas, car je sais beaucoup mieux ce qui est aimable que ce qui est vrai. ». Mais attends un peu, Bob. Savoir ce qui est aimable, c’est mieux savoir ce qui est vrai, n’est-ce pas ?

Ecoutez, soit Jésus est celui qu’il prétend être, soit il ne l’est pas. Mais on peut compter sur Jésus pour être lui-même, qui qu’il soit. S’il est menteur, on peut compter sur lui pour mentir. S’il a la folie des grandeurs, on peut compter sur lui d’être malade mental. Cependant, s’il n’est ni menteur ni fou, lui-même, on peut compter sur lui pour dire la vérité. Et il dit qu’il est, intrinsèquement, le Chemin, la Vérité et la Vie. Ceux-ci ne sont pas simplement ce qu’il fait, ils sont ce qu’il est – son être même.

Pilate dit à son prisonnier : « Qu’est-ce que la vérité ? » Etait-ce une question ou une déclaration ? Pilate était-il en quête de vérité ? Ou bien était-il question de simple curiosité, ou de cynisme endurci ? « Qu’est-ce que la vérité ? » C’est une question qui vous intéresse ? Si oui, cela vous intéresse peut-être de savoir que Jésus affirma être la Vérité, lui. Qu’est-ce que la vie ? C’est une question qui vous intéresse ? Si oui, cela vous intéresse peut-être de savoir que Jésus affirma être la vie, lui. Comment répondre à ce qu’il dit ? On ne peut pas éviter de répondre d’une manière ou d’une autre. Même l’indifférence est une réponse.

« Celui qui m’a vu, a vu le Père ». « Je suis dans le Père et le Père est en moi ». « Le Père demeure en moi ». « Je suis le seul chemin du Père ». « Je vais auprès du Père ».

Ces déclarations ne portent pas seulement sur l’unité avec le Père. Il s’agit de sa relation avec le Père, ce qui est tellement intime qu’il n’y a aucun égocentrisme en Jésus. Voir Jésus, c’est voir Dieu, celui que nul homme ne pouvait voir et demeurer en vie. Pourtant, le Transcendant est transparent en Jésus.

Et voilà ce qu’un pharisien nommé Saul de Tarse, persécuteur acharné des premiers chrétiens, finit par croire et déclarer sur Jésus, après avoir rencontré le Christ ressuscité. C’est le message que prêchait Paul qui aboutit à sa décapitation. Depuis la prison de Rome, il écrivit ceci sur Jésus : « Ce Fils, il est l’image du Dieu que nul ne voit, il est le Premier-né de toute création. Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses dans les cieux comme sur la terre, les visibles, les invisibles, les Trônes et les Seigneuries, les Autorités, les Puissances. Oui, par lui et pour lui tout a été créé. Il est lui-même bien avant toutes choses et tout subsiste en lui. … Car c’est en lui que Dieu a désiré que toute plénitude ait sa demeure. Et c’est par lui qu’il a voulu réconcilier avec lui-même l’univers tout entier : ce qui est sur la terre et ce qui est au ciel, en instaurant la paix par le sang que son Fils a versé sur la croix ». (Col 1:15-17, 19-20)

Rien d’étonnant à ce que Thielicke affirme dans son sermon sur le ‘Notre Père’ : « Absolument tout dépend de ce seul fait, que c’est Jésus-Christ qui nous apprend cette prière. Lui seul, dans sa vie et dans sa mort, est la garantie qu’il existe un Père, que Dieu est néanmoins au travail dans ce monde cruel, dur et orphelin de père, bâtissant sa royaume de miséricorde dans le secret de la Croix ».

« Oui, je vous déclare, c’est la vérité : celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes parce que je vais auprès du Père. Et je ferai tout ce que vous demanderez en mon nom, afin que le Fils manifeste la gloire du Père. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai ».

Jésus va aller auprès de son Père et l’Esprit va venir auprès des disciples. Jésus est sur le point de leur parler de la venue de l’Esprit. Par son retour promis dans l’Esprit qui demeurera auprès d’eux, il donnera à ses disciples un pouvoir qu’ils n’avaient jamais eu quand il était avec eux en personne.

Et les disciples, qui auront alors l’Esprit, seront amenés à prier selon la volonté du Père, par l’autorité de Jésus, et donc, bien sûr, leurs prières seront exaucées.

« Si vous m’aimez, vous m’obéirez. Et moi, je demanderai au Père de vous donner un autre Défenseur de sa cause, afin qu’il reste pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable de recevoir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas. Quant à vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous ».

Aimer Jésus et lui obéir, ce ne sont pas deux choses, c’est une même chose. Cela n’a aucun sens de prétendre l’aimer si nous ne lui obéissons pas. Mais prenez courage.

Ici, l’emploi du présent, ce qui représente une action continue, signifie que Jésus parle d’une habitude quotidienne de tendre obéissance. Il ne veut pas dire qu’on ne ferme jamais les yeux sur cette habitude dans un instant de désobéissance. Mais il s’attend à ce qu’un vrai disciple, celui qui cherche sérieusement à aimer son Seigneur, cherche sérieusement à faire la volonté de son Seigneur.

Dans le contexte de ses révélations sur son prochain départ, Jésus assure à ses disciples qu’il va demander à son Père de leur envoyer un autre Défenseur – un autre Ami ou Compagnon. Il appelle cet Ami, ce Compagnon, l’Esprit de vérité. Il dit que cet Esprit de vérité va rester avec eux. Qui est-ce, cet Esprit de vérité ? Ne s’était-il pas référé à lui-même comme la Vérité ? N’a-t-il pas affirmé qu’il reviendrait auprès d’eux d’une façon même plus merveilleuse ?

Il explique que les gens de ce monde-ci ne peuvent pas accepter cet Esprit de vérité. Mais, affirme-t-il, ses disciples connaîtront cet Esprit de vérité – de façon intime. Comment ? Celui-ci demeure en eux. C’est vrai, il ne les quittera jamais – ni les abandonnera !

vendredi 18 septembre 2009

Helmut Thielicke et Ira D. Sankey

Erudit évangélique ~ Chanteur évangélique

Exposé préliminaire du Festival de Prédication
d'Evangelicals Concerned
10-12 Octobre 2008
Thornley Chapel à Ocean Grove, New Jersey
par le Dr Ralph Blair

Quel est le sens de la vie ? Qui sommes-nous ? D’où suis-je venu ? Où vais-je ? Ces questions-là étaient autrefois des questions humaines fondamentales. Autrefois les réponses parlaient d’aimer Dieu et de le glorifier. Mais Nietzsche, Freud, les Postmodernes et maintenant, même les célébrités prétendent que nous avons passé l’âge des dieux enfantins. Aujourd’hui, disent-ils, au lieu d’être ‘les grandes questions’, ces questions de sens ne valent même pas la peine d’être posées. L’insignifiance est promue comme la seule réponse à ce genre de question – ce qui veut dire, bien sûr, que ‘l’insignifiance’ est entendu d’avoir du sens – le sens de tout.

Nietzsche passa l’âge des dieux avec une sobre appréhension quant aux implications pour le monde. Mais les Postmodernes l’ont fait avec un sens de supériorité qui est cynique mais naïf. Les célébrités mettent leur grain de sel avec une idiotie élitiste. Et un public qui est tout aussi mal renseigné avale leur présupposé que les questions de sens sont dénuées de sens ou simplement des affaires privées dont le prosélytisme est assurément interdit. Mais il n’y a pas d’inconvénient à faire du prosélytisme contre Dieu – c’est même amusant. Et dans certains cercles, c’est de rigueur. Tout cela est si tristement prévisible dans un monde déchu.

Si on faisait allusion à sa foi en Christ à une soirée new-yorkaise, il y aurait un silence stupéfait et une bousculade pour changer de sujet. Les autres invités pourraient même le trouver intolérante et reculer. Et alors ? Ils continueraient à se faire piéger par tout le complaisant égocentrisme de la société séculière – inventant du sens qui commence et se termine par eux-mêmes. Que ce soit le cynisme intello-branché de « Rock Me Sexy Jesus », l’absurdité du Secret, la résistance pseudo-thérapeutique à la Transcendance, ou le plus haut charabia de la théorie critique à propos de rationaliser la révolte de l’âme, c’est la répression. C’est une conspiration de contrefaçons pour réprimer la vraie quête d’un Créateur abandonné. Et c’est une dépendance tant pour les non croyants que pour les croyants.

L’année 2008 marque l’anniversaire centième de la naissance d’Helmut Thielicke, le grand théologien et prédicateur allemands qui risqua sa vie en refusant d’être au service de l’orgueil démesuré qui découlait de l’Übermensch (‘surhomme’) antichrétien de Nietzsche. Un historien qui étudie Hitler et ses lectures des sciences occultes observe que tout cela avait pour résultat « une mesquine et calculatrice tromperie de brimade » [Timothy Ryback] qui provoqua ce que Hannah Arendt appela « l’expérience contre la réalité ».

L’assaut contre la moralité chrétienne mené par Nietzsche est aujourd’hui une industrie en expansion. Religulous, le film de Bill Maher, n’est qu’un seul récent exemple absurde, car Maher, lui aussi, croit à l’occulte, à la clairvoyance et aux maisons hantées, et il invective contre la vaccination, voire contre l’aspirine. Portant des œillères, Stephen Holden, critique du New York Times, prétend que « la plupart des Américains embrassent une forme de foi aveugle qui, par sa nature même, requiert un saut vers l’irrationnel … impossible à expliquer ou à défendre en des termes rationnels ». D’autres critiques acclamèrent Religulous : « Alléluia ! – c’est désopilant et diabolique – une marrante et blasphématoire détonation de tout ce qui est saint et biblique ». Thielicke considérait correctement de telles idioties comme n’étant « rien de moins qu’un substitut pour une transcendance perdue ». Heureusement, Fireproof, le film de Kirk Cameron qui soutient la foi chrétienne, obtint un bien meilleur succès au box-office que Religulous.

Et contrairement à l’hostilité promue par des médias contre Dieu, le sondage Gallup trouve que 31 pour cent des gens qui ne croient pas en Dieu croient au paranormal et à l’occulte tandis que seulement 8 pour cent de ceux qui croient en Dieu avalent de telles superstitions et pseudo-sciences. Une diminution de foi en Dieu correspond à une augmentation de crédulité à l’égard de la superstition et de la pseudo-science. Comme l’observa G. K. Chesterton : « Quand un homme cesse de croire en Dieu, ce n’est pas pour croire à rien mais pour croire à n’importe quoi ».

Il y a cinquante ans environ, Thielicke publia deux recueils de sermons intitulés Le Christ et le sens de la vie et Comment commença le monde. Thielicke d’affirmer : « La question – d’où nous venons et où nous allons – est un des défis élémentaires de la vie. Peut-être que c’est la question la plus importante de la vie. C’est seulement quand nous y aurons une réponse que nous apprendrons qui nous sommes ».

Il commença par présumer que nous avons reçu une révélation significative d’au-delà de l’espace et du temps. Il commença par affirmer que nous ne pouvons pas comprendre qui nous sommes à moins que nous ne revenions au commencement, quand et où commença le monde. La signification du monde, et la nôtre au sein du monde, ne sont pas d’origine récente. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons inventer pour l’adapter à nos besoins ou pour correspondre aux modes de l’époque. La signification est un don de Dieu.

Et remontant à la création de l’humanité – et à la Chute, il l’observa : « Nous les êtres humains savons très bien, ou tout au moins soupçonnons quelque peu, que lorsque nous vieillissons, et quand la race humaine entière vieillit, quelque chose se passe là qui est tout à fait différent que le bourgeonnement, le mûrissement et la floraison d’une rose. Car ce qui se développe dans la vie humaine n’est pas seulement les dons et les bénédictions que Dieu y a mis. Les semences que l’Adversaire maléfique a plantées dans notre cœur poussent, elles aussi ».

« Donc, affirma Thielicke, il est évident que nous ne pouvons plus reconnaître à quoi Dieu nous destinait quand il nous créa, ce qu’il avait en tête quand il conçut l’image de l’homme, en regardant ce que nous sommes vraiment et ce que nous sommes aujourd’hui. Et, parce que nous savons cela, nous revenons au bourgeon, à la recherche du dessein initial. Nous cherchons l’origine de l’homme pour découvrir ce que l’homme était vraiment avant le catastrophe qui l’a défiguré et déformé. … Si je veux savoir qui je suis vraiment et à quoi Dieu me destinait, je dois chercher derrière le paradis perdu, je dois me tourner vers la matinée de la création et m’efforcer d’entendre les premières paroles de Dieu pour moi et mon père Adam ».

Dans le « Final » de son autobiographie, Thielicke écrivit : « à beaucoup de mes contemporains, il paraissait grotesque – et le paraît toujours – de consulter un ancien livre, à savoir, la Bible, sur notre origine et notre destination, et avec son aide de comprendre le but pour lequel nous avons été créés. Ne pouvons-nous pas envoyer nos sondes dans l’espace ? Ne sommes-nous pas constamment à l’affût de tout ce qui est nouveau, des ‘innovations’ ? … N’est-ce pas un pas en arrière de fouiller dans les lieux anciens où Dieu laissa ses traces ? »

A l’âge de 75, deux ans avant qu’il ne soit mort, il écrivit : « Pendant ma longue vie j’ai vu tant de vérités qui prétendaient être ‘le dernier mot’ aller et venir ! … Comme les dieux d’une époque semblent cocasses juste deux heures plus tard ! Comme ils apparaissent absurdes, vus de derrière ! Il se peut qu’il faille être aussi vieux que moi pour ne plus être ému par le bruit et la mode de l’époque ou de ne pas être impressionné par les applaudissements des médias qui les accompagnent. Il y a seulement quelques évangiles qui durent ». Se rappelant les foules de gauchistes dans les années 60 qui prirent d’assaut son église comme des chemises brunes nazies, il affirma : « Des gens comme moi … cherchaient la vérité dans ce livre qui est ancien et éternellement jeune. [Nous voulions] rester fidèle à [ce que son ami Karl Barth appela ‘ce nouveau monde étrange de la Bible’, mais nous] étions constamment maudits comme des représentants du passé. [Mais] au moyen de cet ancien livre je me rendis compte que je faisais déjà face à l’avenir, à savoir, cette époque dans l’avenir qui rendrait évidente la futilité des dieux de l’époque et qui témoignerait de l’éternité du seul Dieu. Par contre, comme les alternatives banales de ‘conservateur’ et ‘progressiste’, ‘réactionnaire’ et ‘tourné vers l’avenir’, voire ‘droite’ et ‘gauche’ paraissent idiotes ! »

Et Thielicke que trouva-t-il dans les pages de cet ancien livre des livres ? Il affirme avoir trouvé que « leur but est de démontrer ce que signifie pour moi et ma vie le fait que Dieu est là au commencement et à la fin, et que tout ce qui se passe dans le monde – ma petite vie et ses joies, et aussi l’histoire de l’ensemble du monde … est, pour ainsi dire, une conversation qui est entourée, soutenue et protégée par le souffle de Dieu ». Voilà pourquoi il peut continuer en disant : « Une fois que Dieu sera devenu le thème de la vie d’un homme, elle deviendra énormément passionnante, voire aventureuse ».

Il subit les horreurs des deux guerres mondiales et la destruction de vie par les régimes nazis et soviétiques. Mais la vie de Helmut Thielicke avec son Seigneur était, ici – et sûrement qu’elle l’est encore, là-haut en présence de Dieu – la vraie aventure, celle qui se dévoile sans cesse avec Dieu, Lui-même.

Thielicke est né en 1908. Pour le mettre dans son contexte historique, les personnages suivants sont nés dans cette année-là, eux aussi : Olivier Messiaen, Lyndon Johnson, Thurgood Marshall, Harry Blackmun, Simone de Beauvoir et Abraham Maslow, ainsi que Bette Davis, Ethel Merman, Rosalind Russell et le petit Quentin Crisp.

J’étais frappé par un des premiers souvenirs de Thielicke. Quand on lui dit qu’il irait au jardin d’enfants, il imagina qu’il serait « planté dans la terre par les pieds et alors, constamment arrosé ». Quand on m’a dit que j’irais au jardin d’enfants, moi, j’imagina qu’il faudrait travailler sous le soleil chaud, creuser dans la terre et arracher de mauvaises herbes toute la journée ! J’étais tellement soulagé de découvrir autre chose.

Avec deux doctorats de l’université d’Erlangen, cet esprit universel écrivit des centaines d’articles dans des revues savantes et populaires. Il écrivit deux ouvrages en trois volumes d’érudition rigoureuse : La foi évangélique et L’éthique théologique. Il écrivit un livre sur l’art de prêcher, un hommage au grand prédicateur victorien, Charles Haddon Spurgeon. Voici quelques-uns de ses nombreux recueils populaires de sermons : Le Christ et le sens de la vie, Comment croire de nouveau, La vie peut recommencer, Comment commença le monde, Etre chrétien quand arrivent les ennuis, La question cachée de Dieu, Le Père en attente, et Je crois, ce que Christianity Today appela « un ouvrage d’apologétique d’une puissance formidable ; celui-ci trouvera sa place parmi les œuvres chrétiennes qui ont cherché, non à écraser les adversaires intellectuels, mais à amener les sceptiques sincères au Christ ».

Dans sa critique du second tome de Thielicke sur la théologie systématique, Bernard Ramm, l’érudit baptiste américain, l’appela « évangélique et luthérien, analytique et incarnationnel, une théologie de précision, une théologie existentielle, et une théologie de prédication ».

Cette théologie profondément pratique fut prêchée. Le traducteur des œuvres théologiques de Thielicke affirma que celui-ci était probablement le meilleur prédicateur germanophone depuis Martin Luther. « Thielicke, dit-il, atteint une stature presque apocalyptique dans sa représentation du monde brisé, et dans sa proclamation du message du salut et du jugement de Dieu dans le monde ». (Geoffrey Bromiley) Comme le dit Richard John Neuhaus : « Helmut Thielicke est pratiquement sans égal dans son aptitude d’unir ses talents de pasteur, de prédicateur, d’enseignant et de théologien en éclaircissant la foi chrétienne tant pour l’intelligentsia méprisant que pour les croyants avec des doutes ». Tous étaient d’accord sur le fait qu’il était une expérience extraordinaire de l’entendre prêcher devant des congrégations débordantes deux fois par semaine. Toutefois, ses sermons sont encore disponibles sous forme imprimée, ayant été traduits en une douzaine de langues et vendus pour des décennies.

Une heure avant ses sermons de samedi soir, il n’y aurait plus eu de places dans l’église gigantesque de St Michel dans la ville profane d’Hamburg. Vêtu de sa toge noire au col blanc, il se dressait dans cette chaire haute et bulbeuse et prêchait ardemment des sermons centrés sur le Christ avec éloquence persuasive, avec précision exégétique et avec soin pastoral. Il ne manquait jamais de se référer à l’évangile – le Christ sur la croix, expiant nos péchés : « Golgotha est une douleur dans le cœur de Dieu, dit-il. C’est un Dieu qui l’emporte sur lui-même, c’est une lutte de Dieu avec lui-même ».

Un luthérien avec une touche de l’Eglise Libre, il avait des opinions claires sur ce qu’il appelait des « sermons dégénérés ». Il affirma que l’une sorte en est « la transformation du sermon en un discours politique fixe qui proclame qu’une position politique particulière est la position chrétienne ». Il expliqua : « D’après mon expérience, cette sorte domine chez des gens dont la substance spirituelle est trop diluée pour faire une proclamation passionnée de l’Evangile ». L’autre sorte de ‘sermon dégénéré’ est « un certain ritualisme qui étouffe ou au moins obscurcit la foi personnelle de l’individu par l’utilisation excessive des expressions consacrées et de la musica sacra traditionnelle ».

Les Américains s’étonnaient qu’il ne prêche pas en anglais en Amérique. Il expliquait qu’il n’avait étudié que les langues classiques et ajoutait, ses yeux pétillants : « Les garçons étudiaient l’anglais pour devenir des serveurs ». Donc, il employait d’habitude un traducteur, mais lutta parfois pour lire une traduction anglaise lui-même. Après qu’il avait fait ainsi au cours d’un discours à Chicago, quelqu’un lui dit : « Je pensais toujours que l’allemand était une langue difficile. Mais j’ai pu comprendre au moins deux phrases de votre discours ».

Helmut Thielicke ouvra la voie pour repenser la position chrétienne sur l’homosexualité. Il fut donc particulièrement approprié que, dans le numéro du printemps 1986 du Record d’EC, nous prîmes note de son décès à l’âge de 77.

En 1963, dans ses conférences à l’Université de Chicago, il reconnut que l’orientation homosexuelle « est déjà présente avant que la première décision ne soit faite ». Il trouvait dans les commentaires de Karl Barth et d’autres théologiens « une telle confusion étonnante » sur l’homosexualité qu’il doutait qu’ils aient « jamais accompagné une personne homosexuelle en tant que pasteur sur le ‘chemin’ qu’elle avait à suivre ». Thielicke reconnaît la vérité de l’observation de Flannery O’Connor : « La conviction sans l’expérience aboutit à la dureté ». Il soupçonnait ce que soupçonnait Harry Ironside : Il est facile de prendre nos préjugés pour nos convictions.

Thielicke de conclure : « Il n’y a pas le moindre excuse pour vilipender l’homosexuel intrinsèque pour des raisons morales ou théologiques ». Se rappelant la parabole de Jésus sur les pièces d’or qu’un roi donna pour investir, il encouragea les gens à recevoir leur orientation homosexuelle de façon responsable, comme quelque chose d’être considéré « comme une pièce d’or pour investir». (Luc 19:13 ss)

Il rassura ses lecteurs que la façon exacte dont on devrait mettre en œuvre un tel ‘investissement’ « peut être discuté seulement quand on se rend compte que même le Nouveau Testament manque d’une déclaration normative évidente sur cette question. Même le type de question auquel nous sommes parvenus, à savoir, le problème posé par ‘l’habitus endogène’ de l’homosexualité, doit être, pour des raisons purement historiques, étranger au Nouveau Testament ». Thielicke affirma que la question doit nous mener à examiner « comment l’homosexuel dans sa situation réelle peut atteindre à son optimal potentiel éthique d’autoréalisation sexuelle. Nier cela, dit-il, signifierait en tout cas un niveau de sévérité et de rigueur que l’on ne penserait jamais à demander » à autrui.

Thielicke plaidait fréquemment la cause des homosexuels. Dans son œuvre de 1984, Être humain – devenir humain, il observa : « la compréhension de nous-mêmes que nous apportons avec nous influe d’une façon essentielle sur notre rayon d’action, sur notre approche et sur la sélection et l’arrangement des phénomènes. Ce bourbier de subjectivisme qui nous menace ne peut être évité que si nous critiquons consciemment non seulement les objets de notre étude, mais aussi nous-mêmes et nos présupposés. Cela s’applique à chaque domaine avec une pertinence anthropologique. Nous sommes trop proches des objets de cette discipline pour ne pas être encombrés des prémisses secrètes. Si l’on désire des exemples réels, il faut seulement penser au débats sur l’homosexualité, où les préjugements sociaux, religieux, moraux et instinctifs organisent une réunion macabre ».

Dans son autobiographie, Notes d’un voyageur, aussi parue en 1984, en allemand, deux ans avant qu’il ne soit mort, Thielicke raconte que dans les premiers jours de leur mariage sa femme et lui attendaient un plus jeune ami d’école, Horst Erbslöh, âgé de 27 ans, pour passer avec eux les fêtes de Pâques.

Thielicke se rappela : « C’était son corps athlétique, la grâce de ses mouvements et son sourire radieux qui attirèrent d’abord mon attention. Il aimait être conduit et conseillé par un garçon plus âgé comme moi, et il aimait aussi être corrigé de temps en temps quand il se plaignait de ses mauvaises notes à l’école. Je lui disais qu’il l’avait provoqué lui-même par sa tendance charmante à la paresse ».

Thielicke d’avouer : « Plus tard, il m’était clair que cette amitié était teintée d’un érotisme tendre, bien que cela n’ait jamais été ouvertement exprimé, même en mots. Cette retenue portait moins sur notre chasteté naturelle que sur les limites imposées à notre comportement par le tabou collectif que cet âge-là employait pour protéger la sphère érotique. Pour cette raison, notre amitié n’alla pas au-delà d’une affection enthousiaste l’un pour l’autre. Cette affection me donne encore une immense joie, même en y revenant un demi-siècle plus tard ».

Il poursuivit : « Une fois, pas longtemps avant sa visite attendue à Heidelberg, je rêva de lui. Je me vis devant son cercueil, bronzé, donnant une oraison funèbre en son honneur. Ce rêve devint réalité. Il n’y arriva pas comme prévu ce matin de Pâques, mais au lieu de cela, envoya une longue lettre où il m’informa qu’il avait entrepris un voyage d’où il ne reviendrait jamais. Il dit que j’étais le seul à en être informé, et me demanda de ne pas partir à sa recherche. Il me remercia de ce que je lui avais dit à propos de la foi, et de toute l’amitié que je lui avais montrée. Il affirma que cela le consolerait quand le temps serait venu de mourir au plus bel endroit au monde ». Horst écrivit sur ses pertes financières et sur sa petite amie qui refusa de l’épouser, et il demanda qu’on prie à Dieu de lui pardonner. Thielicke rapporta que « les dernières phrases étaient tachées » et dit-il, « je crois que ses larmes y étaient tombées ».

L’année précédente, Horst avait envoyé une carte postale de Berchtesgaden. Il avait marqué d’une croix un petit endroit sur le massif Watzmann, ce qui était enveloppé de mythes, l’appelant « le plus bel endroit au monde. Voilà où je voudrais mourir ».

Thielicke se précipita donc vers Berchtesgaden et demanda qu’on organise une équipe secours. On trouva le cadavre d’Horst à l’endroit exact qu’il avait marqué sur la carte postale. Thielicke d’écrire : « Il ne put pas avoir été mort pour longtemps. Une expression terriblement sérieuse fut gravée dans ses traits ». Il célébra les obsèques à leur ville natale de Barmen et raconta que Horst avait écrit qu’il n’allait pas dans une obscurité sans espoir, mais était convaincu qu’un personnage compatissant l’accueillerait dans l’autre monde.

Thielicke observa : « Pendant les jours que nous avons passés à la recherche d’Horst, le soleil de montagne m’avait bronzé, exactement comme dans mon rêve ».

A mesure que l’influence d’Hitler grandissait, et alors, lorsque les nazis prirent le pouvoir, Thielicke devint une cible. Il était engagé dans l’Eglise confessante – par opposition à la branche ecclésiastique du parti nazi dite Chrétiens Allemands. Le jugeant ‘politiquement suspect’, les nazis forcèrent son expulsion de la faculté théologique de l’université d’Heidelberg et bloquèrent sa mutation à l’université d’Hamburg. Son évêque lui dit : « Après que la guerre aura fini et après que les nazis seront partis, nous aurons besoin de vous de nouveau en tant que professeur. Voilà pourquoi je ne vous donne qu’un poste mineur dans le Jura souabe ».

Il travaillait donc au service d’une petite congrégation à Ravensburg. A cette époque-là, les nazis organisaient des réunions politiques qui coïncidaient exactement avec les services religieux. Beaucoup de gens avaient trop peur des voyous nazis d’aller à l’église au lieu d’aller aux rassemblements nazis. Un certain dimanche où il y avait très peu de gens à l’église, Thielicke interrompit le chant de l’hymne de Martin Luther, « Notre Dieu est une forteresse puissante ». Il leur rappela que la semaine précédente, « beaucoup de gens avaient trop peur d’aller à l’église, et au lieu de cela, ils allèrent à une réunion politique. C’était tout bonnement un reniement de notre foi. Tant que cette honte planera sur nous, il nous sera défendu de chanter le dernier vers, ‘Si l’on enlève votre vie, votre richesse, votre honneur, votre enfant et votre femme. …’ Chanter cela en ce moment serait mentir. Donc, l’orgue jouera maintenant le vers tout seul pendant que nous resterons debout et réfléchirons à notre échec. Malheur à celui qui chante les paroles ! »

Quand les Alliés occupèrent l’Allemagne en 1945, ils établirent un processus agressif de dénazification qui, d’après Thielicke, avait tendance de provoquer des conséquences non voulues mais contreproductives. Il affirma que les Alliés « demandaient constamment aux Allemands d’avouer une culpabilité collective qui était généralisée et sans discernement. Bien des gens l’acceptèrent, souvent en raison d’un opportunisme inconscient voire calculé, [et] cette accusation de soi masochiste … renforça un agréable sens de supériorité morale ». Thielicke poursuivit : « La tendance des Alliés aux condamnations unilatérales et totales qui leur fit ignorer la poutre dans leurs propres yeux … provoqua une réaction furieuse et défensive de la part des accusés, ce qui les empêcha donc de voir la culpabilité qui était vraiment là ». La perspicacité de Thielicke devrait façonner les échanges moralisateurs de nos jours entre les églises anti-gays et les LGBT anti-Eglise.

La famille, les amis et les collègues de Thielicke lui donnèrent une grande fête à l’occasion de son 75ème anniversaire. Après, il rappela les paroles écrites par un ami à un autre : « Les pas s’éteignent. La dernière personne s’en est allée. Le grand jour touche à sa fin. Je suis éveillé à ne pas pouvoir dormir. Je sais que tu attends de m’accueillir, Ô Dieu. Je t’apporte ce que les gens m’ont apporté – des fleurs, des lauriers, la gratitude et la gloire – car, après tout, tout est à toi. Tout le monde n’a parlé que de tes louanges ».

Thielicke remarqua alors : « Une vie humaine en valait la peine, je m’en rendis compte, si elle n’a aidé qu’un seul homme ou une seule femme à trouver sa voie à la source de toute vie ».

Dans son enfance et pendant ses années à l’université, Thielicke trompa la mort plusieurs fois. Et en 1944 il avait été impliqué dans un complot contre les nazis et échappa de justesse le gibet. Dans son livre de 1983, Vivre avec la mort, il résuma son expérience d’affronter la mort : « Dans la mort je m’approche avec confiance de celui qui a la vie et le jugement dans ses mains. Je n’ai pas besoin de compter sur mes œuvres bonnes ni sur mon âme immortelle. Je ne le peux pas, car les œuvres ne sont pas bonnes, et l’âme n’est pas immortelle. Je suis justifié par la grâce seule, et c’est par la grâce seule que je prends part à la résurrection (2 Cor 4:7). Je resterai dans la présence de celui qui est Alpha et Omega. Avec cette connaissance je pars pour la nuit de la mort, qui est une vraie nuit. Je sais qui m’attend le matin ».

Voilà les dernières paroles de son autobiographie : « En tant que chrétiens nous sommes certains que la durée de vie qui nous est donnée n’est que l’avènement d’une réalisation encore plus grande. La terre à laquelle nous sommes appelés est une terra incognita – une terre inconnue, voire inconcevable. Il n’y a qu’une seule voix que nous y allons reconnaître parce qu’elle nous est déjà familière ici : la voix du Bon Berger ».

Jacob parla de ce Bon Berger à la fin de sa vie à lui : « Il m’a conduit depuis que j’existe jusqu’à ce jour ». (Gen 48:15) Et David, le roi-berger, témoigna que ce même Seigneur était son Berger à lui aussi, afin qu’il n’ait besoin de rien même dans « la vallée de l’ombre de la mort ». (Ps 23) Le Bon Berger est le Seigneur dont les prophètes déclarèrent les promesses. La voix du Bon Berger vint par l’intermédiaire d’Ezéchiel : « Je chercherai la brebis qui sera perdue, je ramènerai celle qui se sera éloignée, je panserai celle qui a une patte cassée, et je fortifierai celle qui est malade ». (34:16) Et par l’intermédiaire d’Esaïe, les gens entendirent qu’ils s’étaient effectivement dévoyés : « Nous étions tous errants, pareils à des brebis ». (53:6) L’illustration était claire, car tout le monde savait que c’est ce que font des brebis – elles s’égarent. Les brebis ont besoin d’un bon berger pour les soigner ; elles sont trop idiotes pour se débrouiller toutes seules. Elles se perdent et ont besoin d’un bon berger pour aller les retrouver et ramener, même malgré elles, à la sécurité de l’enclos.

Jésus vint alors en tant que bon berger qui vient rechercher et sauver ce qui est perdu. (Luc 19:10) Il dit qu’il se met en quatre pour aller à la recherche de la brebis qui s’égare. (Matt 18:12-14) Et il se vit comme le bon berger quand il dit qu’il donne sa vie pour ses brebis. (Jean 10:11)

* * *

Le Bon Berger était dépeint dans un hymne chanté depuis la fin du 19e siècle. Cet hymne est basé sur un poème, « La brebis perdue », écrit en 1869 par Elizabeth Clephane de Melrose en Ecosse. Elle l’écrivit pour se réconforter après avoir entendu de la mort ivre de son frère – la brebis galeuse de la famille. Mais elle n’entendit jamais la musique, maintenant familière, qui correspond à ses paroles, car la musique ne fut pas ajoutée avant cinq ans après sa mort à elle.

En 1874, l’évangéliste américain, D.L. Moody, et son soliste et chef de musique, Ira D. Sankey, voyageait en train à travers l’Ecosse. Ils étaient en route pour leur prochaine réunion évangélique à Edimbourg.

Moody était absorbé par des lettres. Sankey était assis feuilletant un exemplaire du Christian Age, un journal du dimanche de Londres. Sankey tomba sur le poème de Clephane, imprimé dans le journal. Comme il le lisait, il était profondément ému. Comme l’écrivit la poétesse :

Il y en avait quatre-vingt-dix-neuf
Dans le refuge de l’enclos.
Mais l’une des brebis s’était égarée,
Loin des portails d’or.
Perdue dans les montagnes sauvages et rudes,
Loin des tendres soins du berger.

« Seigneur, tu en as ici tes quatre-vingt-dix-neuf ;
Celles-ci ne te suffisent pas ? »
Mais le Berger répondit, « ma brebis
S’est éloignée de moi ;
Et bien que le chemin soit dur et raide,
Je vais au désert la retrouver ».

Mais aucune des rachetées ne savait jamais
La profondeur des eaux traversées,
Ni l’obscurité de la nuit subie,
Avant qu’il ne retrouvât sa brebis.
Dans le désert, il l’entendit bêler,
Fragile, impotente et prête à crever.

« Seigneur, d’où sont venues ces gouttes de sang
Qui tachent le sentier de montagne ?
—Elles étaient versées pour celle qui s’était égarée
Avant que le Berger ne pût la ramener.
—Seigneur, pourquoi tes mains sont-elles si déchirées ?
—Ce soir des épines les ont transpercées ».

A travers les montagnes fendues par la foudre,
Surgissant du ravin escarpé,
Un cri joyeux parvint au portail des Cieux :
« Réjouissez-vous ! J’ai retrouvé ma brebis ! »
Et les anges répétèrent autour du trône,
« Réjouissez-vous ! Le Seigneur ramène sa brebis !
« Réjouissez-vous ! Le Seigneur ramène sa brebis ! »

Sankey essaya de montrer le poème à Moody, mais Moody y fit à peine attention et continua à lire ses lettres. Sankey arracha le poème du journal et le glissa dans sa poche.

Le lendemain après-midi, à l’Assemblée des Eglises Libres d’Edimbourg, Horatius Bonar fut le prédicateur invité. Il prêcha un sermon puissant sur – de tous les sujets possibles – « Le Bon Berger ». Le sermon de Bonar fini, Moody se tourna vers Sankey et lui demanda un dernier solo approprié. Sankey ne s’y attendait pas et ne savait pas trop quoi faire. Mais, se rappela-t-il : « Il me semblait que j’entendais une voix dire : ‘Chante l’hymne que tu as trouvé sur le train’. » Ceci ne semblait pas avoir de sens, puisque ce qu’il avait trouvé sur le train était un poème, pas un hymne. Pourtant, la voix y persista : « Chante cet hymne-là. » Ainsi, comme il le raconta : « J’ai mis le petit bout de journal sur l’orgue et élevé mon cœur en prières, demandant à Dieu de m’aider chanter de sorte que les gens pouvaient entendre et comprendre. Assis à l’orgue, j’ai joué quelques notes en La bémol et commencé à chanter ».

Lorsqu’il avait fini de chanter le poème, Moody se tourna vers lui et lui demanda : « Où avez-vous trouvé cette chanson ? — C’est ce que je vous ai montré hier, sur le train ». Moody avait l’air de ne pas comprendre. Mais, avec des larmes dans les yeux, Moody se réjouit de la vérité et la beauté de ce nouvel hymne – chanté pour la toute première fois ce jour-là, le 21 mai 1874.

Ecoutez Sankey chanter deux vers de « Les quatre-vingt-dix-neuf ». Cela provient d’un cylindre de cire enregistré il y a plus de cent ans.

Des recherches récentes en Angleterre et en Allemagne montrent que la musique stimule peut-être les défenses immunitaires. On trouve que la musique est associée à des niveaux augmentés d’un certain anticorps et aux niveaux réduits d’une hormone du stress. Bien sûr, on savait depuis toujours que la musique peut remonter le moral. Et Moody savait qu’elle peut en faire encore plus. C’est pourquoi il avait tellement insisté pour que Sankey s’unisse à lui après l’avoir entendu chanter quatre ans plus tôt. Moody lui dit : « La musique et le chant sont essentiels pour renforcer la vie spirituelle. Le chant fait au moins autant que la prédication pour imprimer la parole de Dieu sur l’esprit ». Et c’est vrai. On se rappelle davantage de théologie en chantant des hymnes que jamais en écoutant des sermons. D’ailleurs, comme Moody dit à Sankey : « Chanter aide à développer une audience – même si la prédication est ennuyeuse. Avec des chants qui touchent le cœur, les églises se rempliront à chaque fois ».

En 1870, Sankey vivait et travaillait à New Castle, en Pennsylvanie, à juste deux milles du village d’Edinburg sur les bords de la rivière Mahoning où il était né en 1840. C’est à juste 15 milles de l’endroit où je suis né, moi – 99 ans plus tard. Sankey était dirigeant du chœur dans une église méthodiste à New Castle, et aussi faisait partie du ministère du YMCA du quartier.

Lors de la convention du YMCA en 1870 à Indianapolis où il était délégué, Sankey entendit Moody prêcher pour la première fois. Bien qu’impressionné par la prédication, il n’était pas impressionné par le chant. En fait, c’était tellement faible que, comme il chantait, lui, sa belle voix barytone convainquit les gens de lui demander de diriger le chant. Et il le fit donc. Le chant s’améliora nettement.

Sankey décrivit sa première rencontre avec Moody après le service.

Alors que je m’approchais de M. Moody, il s’avança, prit ma main, et me regarda de sa façon vive et perçante comme s’il lisait dans mon âme même. Puis, il me dit brusquement, « D’où venez-vous ? — De la Pennsylvanie, répliquai-je. — Êtes-vous marié ? — Oui. — Combien d’enfants avez-vous ? — Deux. — Quel est votre métier ? — Je suis fonctionnaire. — Eh bien, vous devrez y renoncer ! » J’étais trop stupéfait pour répondre, et il poursuivit comme si la question avait déjà été décidée : « Je vous cherche depuis huit ans. Il vous faudra venir à Chicago m’aider dans mon travail ».

Moody ne se contentait jamais d’un ‘non’ comme réponse. Donc, même après que Sankey avait dit qu’il le considérerait – par politesse plus que par une intention quelconque de quitter sa famille et son travail – Moody s’y entêta. Au bout de quelques mois, Sankey finit par accepta de passer juste une semaine à Chicago avec Moody. Mais avant la fin de la semaine, Moody l’avait persuadé de devenir membre de son ministère. Ses affaires en Pennsylvanie conclues, il revint vite à Chicago.

Dimanche, le 8 octobre 1871, il était assis devant l’orgue pendant que Moody prêchait. Des bruits venant du dehors de l’église devenaient de plus en plus forts jusqu’à ce qu’on ait entendu des cris que la ville était en feu. C’était le grand feu de Chicago qui durait jusqu’à mardi, le 10 octobre, quand des centaines de gens étaient déjà morts, des milliers déplacés, et environ quatre milles carrés de bâtiments complètement détruits par le feu. C’était il y a exactement 137 ans ce soir.

Dans la terreur qui s’ensuivit, Sankey et Moody se fit séparés l’un de l’autre. Sankey donna un compte-rendu fascinant de son évasion du feu et de l’épreuve horrible durant ces plusieurs jours et nuits.

Enfin il réussit à s’échapper de la ville et prit un train pour la Pennsylvanie. Les deux hommes ne se reverraient pas avant deux mois. Mais dès lors, et année après année jusqu’à ce que Moody soit mort en 1899, ils travaillaient ensemble au service de l’évangile des deux côtés de l’Atlantique – depuis le vieux Hippodrome de New York (qui deviendrait plus tard Madison Square Garden) jusqu’au Crystal Palace and Agricultural Hall de Londres, depuis les retraites estivales à Northfield au Massachusetts jusqu’aux universités d’Oxford, de Cambridge, de Yale et de Princeton. Moody et Sankey préfiguraient les carrières évangéliques de Billy Sunday et de Homer Rodeheaver, et celles de Billy Graham et de George Beverly (‘Bev’) Shea.

Quatre mois avant la naissance de Helmut Thielicke à Barmen, Ira D. Sankey mourut à Brooklyn. Ce fut jeudi soir, le 13 août, à 1900h, juste deux semaines avant l’anniversaire de ses 68 ans. Sa vue baissait durant les cinq dernières années de sa vie. Vers la fin, il devint complètement aveugle. Il passait donc la plupart de son temps à sa maison dans la partie de Brooklyn dite Fort Greene. Il recevait là des visites de ses bons amis, y compris la poétesse Fanny Crosby, longtemps aveugle, dont les poèmes il avait mis en musique.

Sa nécrologie fit la une du New York Times : « Ira D. Sankey est décédé, une chanson sur les lèvres ». Comme le rapporta le Times : « Juste avant qu’il ne sombrât dans l’inconscience à la fin, il est rapporté que l’on l’entendit chanter, sa voix presque inaudible, un vers de son hymne préféré, pas l’un des siens, mais l’un écrit par Fanny Crosby de Brooklyn, l’auteur aveugle des hymnes :

Un jour le fil d’argent se brisera
Et je ne chanterai plus comme maintenant.
Mais oh ! Quelle joie lors de mon réveil
Dans le Palais du Roi ! »

Eh bien, nos deux frères, Helmut et Ira, ne sont plus avec nous dans ce monde-ci. Mais ils sont plus proches de Celui qui a promis de ne jamais quitter ni abandonner aucun de nous. Et alors, de même qu’ils sont avec Lui et qu’Il est avec nous, bien que ‘le fil d’argent’ puisse, en effet, être brisé, notre vie avec le Christ n’est pas brisée, ni la communion des saints non plus.

samedi 6 décembre 2008

La souffrance et le mystère

une exposition sur Job
par Roy Clements

Il y a peu de doute que beaucoup de gens trouveraient plus facile de croire en Dieu s’il n’existait pas le problème de la souffrance. Il est évident qu’il y a beaucoup de choses dans le monde qui contredisent une confiance insouciante en un Dieu omnipotent et tendre. La souffrance pose des questions qui sont intellectuellement et émotionnellement inquiétantes.

Certaine souffrance, évidemment, est le résultat direct de la folie humaine ou des actions criminelles : mauvais traitements à enfants, accidents de la circulation, bombes terroristes, accidents nucléaires – on peut soutenir que ce sont tous « de notre faute ». Mais en plus de cela, il y a énormément de souffrance qui n’est pas du tout de notre faute : tsunamis et ouragans, cancer et maladies mentales, faim et sécheresse … la liste pourrait continuer. Et même lorsque la souffrance peut être attribuée à la criminalité humaine, il est rare que ceux qui commettent le crime en souffrent ; les personnes innocentes en sont presque toujours les victimes.

Il y a tant de choses dans notre monde qui semblent caractérisées par la douleur inutile et imméritée, ce qui pose la même question pour tout chrétien honnête : Pourquoi, mon Dieu ? Pourquoi l’as-tu laissé se produire ?

Bertrand Russell, philosophe à Cambridge au milieu du 20e siècle, a parlé pour beaucoup de gens, je suppose, dans son pamphlet « La foi d’un rationaliste » lorsqu’il a écrit :

Je peux imaginer un démon sardonique qui nous créerait pour s’amuser, mais je ne peux imputer à un être sage, bienfaisant et omnipotent le poids terrible de cruauté, de souffrance et d’avilissement ironique de ce qui est le mieux qui ont terni l’histoire de l’homme.

Il n’est pas difficile de compatir à un tel scepticisme ; mais si l’on est croyant, comment donc y répondre ?

En fait, il y a deux façons dont un croyant peut répondre :

La première est de se mettre sur la défensive : de serrer le doudou d’orthodoxie théologique et de tradition religieuse, se fermant à ces questions importunes menaçant la sécurité de la foi. Une telle réponse est de battre en retraite – battre en retraite vers ce que Bertrand Russell qualifierait probablement de « suicide intellectuel » ou « foi aveugle ».

J’appellerai cette approche « faire l’autruche » – « ne faites attention à aucune preuve du contraire – croyez simplement qu’il existe un Dieu tendre et tout-puissant qui maîtrise le monde ».

L’alternative est de passer à l’offensive : d’aborder directement le problème de la souffrance et d’avoir le courage de poser ces questions difficiles, de contester ces réponses conventionnelles. Au lieu de refuser d’affronter l’incertitude, cette approche lutte contre elle.

J’appellerai cette approche « faire face à la tempête » – « si je vais croire, ce sera sans angles mort, sans zones intellectuelles interdites ; une foi qui affronte la réalité, aussi déplaisante soit-elle ».

Depuis que je suis un nouveau chrétien, il m’est important de savoir que chaque fois qu’on examine la Bible, on y est encouragé à se joindre au second camp. La Bible ne fait pas l’autruche en ce qui concerne le problème de la souffrance, bien qu’il faille admettre qu’un bon nombre de chrétiens le font.

En fait, la Bible nous présente à maintes reprises des hommes et des femmes de foi qui abordent le problème de la souffrance avec courage et franchise, sans peur de poser la question, « Mon Dieu, pourquoi ? »

Et, bien entendu, l’exemple classique en est celui de Job.

Dans les premiers chapitres, nous apprenons dans une section de prose que Job était un homme vertueux, mais pour des raisons jamais entièrement expliquées Dieu permet à Satan de le dépouiller de tous ses biens :

  • sa richesse est enlevée
  • ses enfants meurent d’un accident tragique
  • il devient lui-même la victime d’une douloureuse maladie qui le défigure
  • finalement, même sa femme se retourne contre lui – elle lui conseille : « Maudis Dieu, et meurs ! »

Nous apprenons dans ce prologue que toutes ces choses se produisent avec la permission de Dieu. C’est un élément très important dans le contexte du livre, car une certaine solution facile au problème de la souffrance qui est embrassée par un certain nombre de philosophies et de religions est le dualisme.

Le dualisme prétend qu’il existe dans le monde deux forces égales et opposées : l’une qui est bonne, l’autre mauvaise. Elles sont liées, l’une à l’autre, dans un état de tension perpétuelle de manière que toutes les bonnes choses qui arrivent soient dues à la bonne force et toute la souffrance soit due à la mauvaise force.

Cette théorie semble bien plausible. En effet, certains chrétiens l’embrassent ; ils rendent le Diable responsable de la souffrance. Mais le dualisme n’est jamais approuvé dans la Bible. Dieu est le seul souverain de l’univers. Son autorité peut être opposée par des forces malveillantes mais ne peut jamais être contrecarrée.

Quelle est donc la place du Diable ? Selon Job c’est parmi les anges – en tant qu’un être créé sans aucun pouvoir sauf celui que Dieu lui permet.

Donc, nous trouvons dans Job 1:12 que Satan doit demander à Dieu la permission de dépouiller Job de ses biens ; et quand cela ne marche pas, il doit revenir dans le chapitre 2 demander un deuxième mandat. Du début jusqu’à la fin, la situation de Job n’est jamais hors du contrôle de Dieu – voilà la présupposition du livre. Ce qui arrive à Job est donc, dans un sens très réel, « la volonté de Dieu ». Job le reconnaît lui-même :

  • sur la perte de ses enfants : « le Seigneur a donné et le Seigneur a repris » (1:20)
  • en réponse à sa femme hargneuse : « tu parles comme une folle – nous recevrons de Dieu le bien, et pas aussi le mal ? »

Le dualisme ne suffit donc pas. On ne peut pas protéger Dieu de l’embarras du problème de la souffrance par rejeter toute la responsabilité sur le Diable, parce que le Diable (comme Pilate) « n’aurait aucun pouvoir, s’il ne lui avait pas été donné d’en haut ».

Sans doute cela aggrave le problème intellectuel de la souffrance, mais parallèlement, c’est une fondation totalement nécessaire pour être réconforté ou rassuré en temps de souffrance. Quand on essaie d’aider ceux qui vivent une tragédie, on trouve à maintes reprises que c’est seulement la conviction qu’en fin de compte Dieu maîtrise la situation et fait tout dans un but (même si l’on n’en sait rien) qui délivre du désespoir total. Appelez-le de la résignation, voire du fatalisme (quoique je conteste ce mot-là) – nous ne sommes pas abandonnés à notre sort dans un monde incertain où, pour autant que nous sachions, le mal pourrait triompher à la fin de la journée ! Non, Dieu est souverain et contrôle tout, y compris la souffrance humaine. Cette conviction est au centre de ce que la Bible veut dire par la foi.

Et c’est cette conviction qui nous amène à ces deux réponses alternatives au problème de la souffrance. Nous pouvons « faire l’autruche » et faire comme si nous le voyions pas, ou bien nous pouvons « faire face à la tempête » et l’affronter avec courage.

Dans Job c’est la seconde réponse qui est confirmée, bien que l’autre point de vue soit présenté, ne serait-ce que pour être rejetée. Car l’approche de « faire l’autruche » est l’école de pensée caractéristique des trois amis de Job.

Ils sont présentés dans 2:11 : Éliphaz, Bildad et Tsophar. Ces trois sont des exemples classiques de ceux qui « font l’autruche ». Ils sont scrupuleusement corrects d’un point de vue théologique, sûrs qu’ils représentent l’establishment religieux de leur époque, mais ils ferment les yeux et les oreilles sur quoi que ce soit qui ne s’adapte pas à ce cadre doctrinal rigide.

Je crois que nous puissions nous laisser être un peu cynique au sujet de leur but prétendu (2:11) « d’aller plaindre et consoler Job ». Avec de tels amis, il n’avait sûrement pas besoin d’ennemis ! Car, bien entendu, au bout du compte ils ne compatissent pas du tout à sa douleur – ils insistent qu’il a dû provoquer d’une façon ou d’une autre ses propres souffrances.

Je ne crois pas que l’auteur ait l’intention que nous concluions que leurs motifs manquent de sincérité. Éliphaz fait preuve d’une douceur exemplaire dans ses premiers lignes (chapitre 4). Dit-il : « On attendait mieux de votre part, mon vieux. Pensez à tous les bons conseils que vous avez autrefois offerts aux autres. Il est temps maintenant de tenir compte de vos propres conseils ».

Mais le problème est que la position théologique de Job sur la souffrance a changé par suite de son expérience personnelle. Alors que la discussion s’avance, les amis découvrent qu’il est furieux et ressent de l’amertume à propos de ses circonstances. Il n’est pas disposé à accepter leur analyse de ses problèmes et critique de plus en plus durement leurs soi-disant solutions. En conséquence, les amis deviennent de plus en plus intolérants et hostiles envers lui – la sympathie et la consolation cèdent à des reproches et à des réprimandes.

Le livre est construit autour de trois cycles de discours ; chaque ami donne à Job le bénéfice de son conseil et Job y répond.

  • Éliphaz, découvrons-nous, a du mystique en lui. Il attribue sa sagesse à un rêve étrange.
  • Bildad, c’est tout à fait un traditionaliste. Il fait appel aux « pères de l’église » pour étayer ses opinions.
  • Tsophar est le piétiste simpliste. Il jaillit tout le temps des clichés super spirituels et les considèrent comme la sagesse.

Quel que soit le fondement pour leurs opinions, les trois « consolateurs » sont cependant unis dans l’analyse théologique de souffrance qu’ils offrent à Job.

Éliphaz la précise succinctement dans son premier discours :

« ceux qui labourent l’iniquité et qui sèment l’injustice en moissonnent les fruits » 4:8

La souffrance, autrement dit, est une forme de rétribution. Elle résulte du péché. Si l’on souffre, c’est parce qu’on est malfaisant. Les innocents ne souffrent pas, seulement les pécheurs. De même que le labour et l’ensemencement précèdent la récolte, de même, le péché est le précurseur inévitable de la souffrance. Chacun des trois amis réitère cette doctrine centrale. La rétribution est une réaction automatique divine à n’importe quoi méchant, une loi mécanique de la cause et l’effet comme la loi de gravité, que rien ne peut contredire.

Mais voilà le problème – Job la contredit effectivement. Job est une anomalie ne correspondant pas à leur loi scientifique de rétribution. C’est un pilier de la respectabilité morale, néanmoins, sa propriété a été ravagée, sa famille tuée, sa santé ruinée. Comment les trois amis sont-ils censés concilier ce poisson hors de l’eau avec leurs idées préconçues ?

Leur réponse est de faire l’autruche. Ils ferment les yeux sur l’innocence évidente de Job et insistent qu’il doit y avoir une explication à sa souffrance qui est compatible avec leur théorie.

Bildad suggère que les enfants de Job doivent avoir commis un péché, ce qui n’explique évidemment pas la maladie de Job.

Éliphaz constate que tous ont péché, ce qui passe à côté de la question, puisque Job ne prétend jamais être totalement sans péché – il affirme simplement que sa souffrance est complètement hors de proportion avec un quelconque péché mineur qu’il a peut-être commis, comme n’importe quel autre homme.

Mais la seule chose qu’aucun des « consolateurs » ne fera est de renoncer à leur théorie de la rétribution. Ils préféreraient contredire tout ce qu’ils savent de leur voisin et croire qu’il s’adonne à quelque sorte de vice en secret. Donc, avec cruauté croissante, ils sont obligés de l’accuser dans cet esprit.

Dans le chapitre 22 Éliphaz suggère que Job a dû obtenir sa richesse de façon injuste, en exploitant les faibles et en négligeant les pauvres. Ils suggèrent même que lorsqu’il proteste de son innocence, il aggrave son péché par refuser de l’admettre. Il ne peut rien dire qui les fera s’éloigner de cette position intransigeante : il est sans doute pécheur, car seuls les pécheurs souffrent.

Cependant, Job ne les laissera pas le persuader de faire des confessions fausses à la suite de leurs harcèlements. Il ne s’allongera pas sur leur lit de Procruste, c.-à-d., il ne se conformera pas à leur théorie de la rétribution divine. Peut-être feront-ils l’autruche, eux – mais pas lui ! Comme il l’exprime :

Bien loin de vous donner raison, jusqu’à mon dernier souffle, je maintiendrai mon innocence. Je tiens à ma justice et ne lâche pas; ma conscience ne me reproche aucun de mes jours. (27:5-6)

Autrement dit, je ne développerai pas artificiellement une mauvaise conscience simplement pour satisfaire vos théories de la souffrance. Je suis une bonne personne qui ne mérite pas ce traitement-là. C’est un fait et je refuse de le dénier.

Ici, Job me fait penser à Galileo, l’astronome pionnier qui était le premier à voir les lunes du Jupiter à travers une longue-vue primitive. Suggérer à cette époque-là que les corps célestes tournent l’une autour de l’autre aurait été considéré comme une hérésie, donc Galileo a invité les professeurs de l’université de Padua à venir voir pour eux-mêmes. Mais, fait significatif, ils ont refusé. Ils savaient déjà ce qu’ils croyaient et Galileo ne pouvait rien leur montrer à travers sa longue-vue qui pût les faire changer d’avis. Finalement, l’Inquisition a même tourmenté Galileo et l’a forcé à abjurer sa nouvelle théorie géocentrique du système solaire. C’était un exemple classique de la constatation scientifique des faits se heurtant au préjugé théologique né des théories erronées. Et on voit ici chez les trois amis le même type d’adhésion obscurantiste à des idées préconçues. Job doit être pécheur, argumentent-ils. Ils ne regarderont pas les faits d’aucun autre point de vue. Faire ainsi menacerait trop leur position. Ils préféreraient faire l’autruche.

Si je peux m’écarter un peu du sujet – je ne peux pas résister à l’observation que tout cela présente une certaine similarité avec les protestations actuelles au sein de l’Église sur la question gay. Encore une fois il y a une position traditionnelle sur l’homosexualité, à savoir, qu’elle est toujours et invariablement immorale. Tout homosexuel, par définition, doit donc être moralement corrompu et maudit par Dieu. Voilà la théorie. Quelque souvent que les traditionalistes soient affrontés à des gays chrétiens témoignant d’une sensibilité spirituelle, cette théorie ne peut pas être abandonnée. Ces homos-là doivent secrètement s’adonner au vice sur une échelle massive, argumentent-ils. Les trois amis préférerait faire l’autruche sur cette question plutôt que considérer l’alternative pénible que leur perspective théologique sur ce point pourrait être erronée à certains égards.

Ceux d’entre nous qui sont chrétiens et gay se trouvent dans bien des cas marginalisés voire ostracisés au sein de l’Église pour la même raison que Job. Nous sommes en contradiction avec leur théorie. Nous ne nous flagellerons pas avec des confessions artificielles ni avec des remords forcés. Nous n’allons pas faire l’autruche ni dénier notre orientation sexuelle. Non, nous faisons face à la tempête – bien que, comme dans le cas de Job, cela implique de subir l’intolérance et l’hostilité de ceux autrefois considérés comme des amis.

Bon, si Job a un conseil à nous donner, c’est le suivant : n’ayez pas peur de regarder Dieu droit dans les yeux au sujet de votre orientation sexuelle. Dites-lui exactement ce que vous pensez, comme l’a fait Job, peut-être avec une franchise qui était parfois imprudente.

« Je ne retiendrai plus mes plaintes – fais-moi savoir ce que tu me reproches » (10:1-3)

Comme nous avons vu, deux propositions sont au centre des arguments des trois amis :

  • Tous les méchants souffrent.
  • Tous ceux qui souffrent sont méchants.

Alors, comme le dit Job, les deux sont fausses.

« Tous les méchants souffrent » ? Au contraire – les méchants prospèrent (21:7-34). Il ne serait pas difficile de trouver des exemples contemporains qui confirment la prétention de Job : voleurs de banque qui vivent dans le luxe, dictateurs qui meurent dans leurs lits, assassins d’enfant qui échappent à la capture. C’est un monde injuste, et seul un romantique rêveur pourrait suggérer autre chose.

« Tous ceux qui souffrent sont méchants » ? Au contraire, comme le dit Job, je souffre en innocence, une contradiction vivante de votre théorie. Dans le chapitre 31, la consommation de sa série de discours, il fait une déclaration sous serment affirmant son innocence. Il fait la liste de toutes les accusations qui, d’après ses amis, avaient causé ses souffrances, et leur plaide « non coupable ». Affrontez la réalité est le défi qu’il leur lance : « je souffre en innocence alors que des milliers des méchants vivent dans la prospérité. Votre théorie de la rétribution ne fait que vous amener à lancer de fausses accusations contre moi ».

« Vous inventez des mensonges ». (13:4)

Autrefois j’aurais pu parler comme vous – j’aurais pu faire de pareils discours impressionnants, mais quelque chose m’est arrivé depuis qui, comme la constatation de Galileo des lunes du Jupiter, a mis des bâtons dans les roues de ces théories théologiques que nous avions en commun autrefois.

Vous affirmez que Dieu est souverain – bon, d’après mon expérience il est arbitraire et despotique.

Vous affirmez que Dieu est sage – bon, d’après mon expérience il est tout à fait impénétrable et irraisonné.

Vous affirmez que Dieu est juste – bon, d’après mon expérience ce n’est pas tant qu’il est, par définition, complètement irréprochable – en ce qui le concerne, l’idée entière d’un procès équitable est hors de question, car il est à la fois juge, jury et procureur.Il rédige le livre de loi et l’exécute. Il n’y a aucune séparation des pouvoirs dans sa Charte des droits. Ses arguments ne peuvent être contredits, ses verdicts incontournables, ses jugements irrésistibles. Quoi qu’il fasse, il n’est responsable devant personne en dehors de lui-même.

Alors, soyons réalistes : Dieu peut tout faire impunément ! Et dans mon cas, il l’a fait ! Comment se fier à un tel Dieu ? Au contraire, devant lui, je suis terrifié ! (23:13-16)

Or, on aurait pu penser, vu que la confiance de Job en la bonté et en la fiabilité de Dieu était tellement sapée, que, comme Russell, il aurait complètement abandonné la communauté de foi pour devenir un athée.

Un « démon sardonique » est ce que Russell a appelé Dieu, et Job suggère quelque chose d’approchant dans 10:3 :

« Te paraît-il bien de maltraiter, de repousser l’ouvrage de tes mains, et de faire briller ta faveur sur le conseil des méchants? »

Le sarcasme y est plein d’amertume. Tout de même, chose inattendue, bien que les plaintes de Job soient précisées avec beaucoup de franchise et soient parfois tellement outrancières qu’elles frisent le blasphème, il n’abandonne jamais Dieu. En dépit de toutes ses affinités avec Russell, il ne devient jamais incroyant. C’est tout à fait un homme de foi, mais un homme de foi qui ne fera pas l’autruche, qui insiste pour faire face à la tempête.

Cela rappelle les vers de Tennyson dans In Memoriam :

« Il y a plus de foi dans un doute honnête que dans la moitié des dogmes »

Voyez-vous, correctement compris, cette lutte spirituelle que nous observez dans Job fait preuve, non de la faiblesse de sa prise sur Dieu, mais de sa ténacité et sa résistance étonnantes. Ses amis se satisfont de la théorie, contents de Dieu comme « abstraction intellectuelle ». Ils croient en Dieu dans la même façon dont un scientifique croit en la loi de gravité : Dieu était « une explication » qui les permettait de voir de la logique et de l’ordre dans des phénomènes constatés.

Mais pour Job qui souffrait, cela ne suffisait plus. Peut-être avait-il été autrefois content de Dieu comme théorie, mais maintenant son engagement existentiel avec la douleur l’avait amené à désirer quelque chose de beaucoup plus profond. Job a envie d’une relation personnelle avec Dieu. Il croit que c’est seulement dans le contexte d’une telle rencontre que ses questions tourmentées puissent être résolues.

A maintes reprises, donc, nous l’observons en train de chercher ce type de relation. Nous le découvrons en train de prier, par exemple – des prières fâchées et amères, c’est vrai, mais des prières tout de même. Et nous ne voyons jamais les trois amis s’engager dans la prière. Car celui qui prie va bien au-delà de la réflexion théologique théorique et demande une audience concrète avec Dieu.

Et hors du creuset brûlant de ces prières, de temps en temps nous voyons en émerger une soudaine lueur d’assurance :

Dans 13:15, par exemple : « Bien qu’il me tue, néanmoins je me confierai en lui »

Job constate correctement que le simple fait qu’il a envie de parler avec Dieu témoigne de sa vertu essentielle. L’homme dont la conscience est troublée s’éloigne de Dieu autant que possible. Quand même, il désire vivement avoir des rapports avec Dieu. C’est ce désir ardent qui distingue Job de ses trois amis plus que toute autre chose et qui le soutient sous l’assaut impitoyable de leurs conseils cruels et hors de propos.

Ce n’est nulle part exprimé de façon plus émouvante que dans 23:3-10 :

« Oh ! si je savais où le trouver »

Voilà le Croyant, peut-être enfermé dans le château d’Incertitude et peut-être aveuglé par le vent d’Adversité une bonne partie du temps, néanmoins, de temps en temps, il parvient à entrouvrir ses paupières pour voir le soleil.

En effet, une fois, par cette fenêtre transitoire de révélation, il entrapercevoit quelque chose que très peu de gens dans l’Ancien Testament ont jamais vu – l’espoir de la vie au-delà de la mort, et quelqu’un qui plaiderait efficacement sa cause à la droite de Dieu, non dans cette vie, mais dans le monde à venir :

Car je sais que mon rédempteur est vivant, et qu’au dernier jour il se tiendra debout sur la terre. Et bien qu’après cette peau, des vers détruiront ce corps, toutefois en ma chair je verrai Dieu. Lequel je verrai pour moi-même; et mes yeux le contempleront, et non un autre ; encore que mes reins se consument en moi. (19:25-27)

De tels aperçus inspirés coupent le souffle à Job. Il sait que Dieu est insaisissable ; pour que Job le rencontre, Dieu doit donc se révéler. Job ne peut pas le trouver par ses propres efforts, car quelle que soit la direction qu’il choisit pour son voyage, il ne peut jamais découvrir le chemin de la demeure de Dieu. Mais, quelque insaisissable que soit Dieu, Job n’est plus satisfait du substitut des théories sur Dieu faites par l’homme. Seule une rencontre personnelle lui suffira maintenant.

Et, au point culminant du livre, c’est exactement ce que Dieu lui accorde :

38:1 « Alors le Seigneur répondit à Job du cœur de la tempête … »

Il est rapporté que Martin Luther a réprimandé Erasmus, l’érudit humaniste, ainsi : « vos pensées de Dieu sont trop humaines ». Un reproche semblable est au cœur de ces derniers chapitres. Une partie du problème de Job semble avoir été que, comme Erasmus, il avait été trop influencé par les rationalistes. Ces derniers s’étaient attendus à ce que la façon dont l’esprit de Dieu fonctionne serait intelligible pour l’esprit humain – comme la loi de gravité, les voies de la justice divine pouvaient être dénouées par l’esprit humain. Et Job accepte fondamentalement cette présupposition. C’est pour cette raison qu’il veut plaider sa cause avec Dieu comme un avocat – il s’attend à des explications rationnelles à ce qui se passe.

Mais ce qu’il trouve est qu’une telle interprétation de la souffrance n’est pas possible, et l’impossibilité engendre une dissonance cognitive tortueuse dans son esprit qui est à la base de toute sa confusion et de toute sa turbulence émotionnelle.

Cependant, l’ironie est que même s’il était possible d’expliquer la souffrance dans quelque cadre théologique rationnel, cette explication ne satisferait vraiment pas le besoin réel de nos cœurs. On serait tenté de l’appeler « une piètre consolation », car ce que Job découvrit par ses expériences dans le creuset de la souffrance est que les théories sur Dieu ne suffisent pas. Il désire vivement Dieu lui-même – l’expérience ressentie de Dieu en personne – quelque chose de plus profond que la simple philosophie de Dieu. Il aspire, non à lire dans les pensées de Dieu, mais à toucher son cœur !

Et dans ce chapitre 38 culminant, Dieu offre justement une telle rencontre. Il n’essaie pas de dénier l’innocence protestée par Job ; mais il ne cède pas non plus aux demandes de Job pour quelque sorte d’audition légale de son affaire. Il ne présente aucune compte rationnel de la souffrance de Job, aucune justification morale. Au lieu de cela, il noie simplement pauvre Job dans un déluge de questions rhétoriques et de défis ironiques.

« Tu as des questions ? Bon, j’ai également des questions pour toi : explique l’univers en moins de 500 mots avec des exemples » (38:4)

« Job comprend-il les forces fondamentales de l’univers ? demande-t-il. Peut-il l’emporter sur Stephen Hawking et dénouer le mystère de la création ? A-t-il voyagé aux coins du monde les plus reculés ? Peut-il maîtriser le climat ? Peut-il ranger les constellations célestes ? Surveille-t-il les animaux sauvages ? Peut-il dompter l’hippopotame puissant ou apprivoiser le crocodile féroce ? »

Le torrent de questions sans réponse possible s’éternise. Le poème entier est une grande exposition sur la merveille du monde de Dieu –employant une large variété d’illustrations, depuis la cosmologie jusqu’à la zoologie.

Quel est l’objectif de Dieu ? Essaie-t-il de rassurer Job qu’après tout, il y a un ordre rationnel dans l’univers ? Suggère-t-il qu’il y a un cadre de logique scientifique qui peut totalement expliquer tous les phénomènes et toute l’expérience de façon tout à fait satisfaisante à l’esprit humain ?

Non, bien au contraire, si l’on l’examine de près on découvre que justement ces aspects de la création témoignant de l’incompréhensibilité du monde de Dieu sont sélectionnés, aspects sans aucune pertinence par rapport à un quelconque but ultime que Dieu puisse avoir :

  • Pourquoi Dieu se soucierait-il des animaux sauvages – à quoi servent-ils ?
  • Quel est son intérêt dans les étoiles lointaines – pourquoi les créer ?
  • Pourquoi donc fabriquer un oiseau coureur aussi excentrique que l’autruche ?

Il y a tant dans la création qui semble aussi dénuée de sens que la souffrance de Job lui semble. Est-ce que cela veut dire qu’il n’y a aucune sagesse dans la création – ni aucun but ultime ? Évidemment que non – mais cela veut bien dire qu’en ce qui nous concerne – les êtres humains – c’est une sagesse impénétrable – un plan caché – un but secret.

C’est peut-être pourquoi Dieu lui répond du cœur de la tempête : un phénomène naturel de ce qui est l’antithèse exacte d’un système mathématique ordonné. La tempête représente l’anéantissement et l’imprévisibilité, et c’est hors du cœur de ce cyclone de chaos irrationnel que parle Dieu (38:40) :

Si tu crois avoir le droit de tout comprendre, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout ? Revêts-toi d’omnipotence divine et gouverne l’univers toi-même ! Mais oui, je voudrais bien un jour de repos ! Prends les rênes un moment ! Si tu arriveras à faire cela j’admettrai volontiers que je t’ai sous-estimé. Une intelligence telle que la tienne aurait certainement dû être fournie d’une explication complète pour mes actes. Comment aurais-je pu être tellement négligent que j’ai laissé quelqu’un aussi sage que toi dans l’ignorance ! Mais alors, si tu pouvais gouverner le monde de cette manière, tu n’aurais besoin ni de mon soutien ni de mes explications, n’est-ce pas ? Car tu serais Dieu toi-même – ton propre créateur, ton propre libérateur. Tu « t’habillerais de splendeur et de gloire » – tu pourrais te sauver toi-même !

Dans les années 1930, George Bernard Shaw a écrit une apologie mordante de l’athéisme intitulée « Les aventures d’une jeune fille noire à la recherche de Dieu » (The Adventures of a Black Girl in Search of God). Dans un certain chapitre, il ridiculise Dieu, le qualifiant d’un « mauvais débatteur » qui essaie de s’empêcher d’échouer en employant deux ruses d’avocat anciennes :

  • « Quand vous manquez d’un argument, insultez l’opposition »
  • « Quand votre argument est faible, criez encore plus fort »

Job a demandé une explication au problème de la souffrance innocente : comment un Dieu juste peut-il la permettre ? Ce n’est pas de réponse valable, insiste Shaw, de se moquer de lui parce qu’il ne peut pas attraper un crocodile ! Ce n’est pas de réponse – c’est qu’un ricanement dédaigneux.

Il est facile de compatir à l’insatisfaction de Shaw. Pourtant, ironiquement, je soupçonne que la réaction de Shaw à ces derniers chapitres explique en grande partie pourquoi il était incroyant et n’aurait jamais pu être heureux au paradis.

Voyez-vous, comme Job, Shaw avait été éduqué dans un climat intellectuel qui était trop influencé par le rationalisme. Il voulait, lui aussi, que l’univers soit totalement explicable par l’homme. Tout recours au mystère était une échappatoire anti-intellectuelle et anti-scientifique.

Et tant que nous, comme Shaw, insisterons que Dieu nous doit une explication rationnelle de la manière dont il fait fonctionner son univers avant que nous soyons prêts à daigner croire en lui, la foi nous éludera toujours. Car un Dieu qui peut complètement s’expliquer à l’homme est, comme l’a dit Luther, « un Dieu trop humain ». Et un « Dieu humain » est en fin de compte un Dieu superflu. Qui aurait besoin d’un Dieu qu’on pouvait tout à fait comprendre ? On peut être son propre Dieu si on est aussi ingénieux que ça !

Bien sûr, Dieu de la Bible s’adresse à notre raison. En effet il nous donne un aperçu intellectuel des mystères de son esprit. Il a inspiré les prophètes à cette fin précise. Et à cause de cette révélation de l’esprit divin, nous pouvons oser prétendre comprendre quelque chose de Dieu. Nous pouvons même prétendre être « théologiens » – ceux qui étudient la science de la connaissance de Dieu. Mais si nous croyons que cela signifie que Dieu nous donna ou nous doit une explication totale à tout ce qui arrive, alors, ce n’est pas simplement que nous nous trompons, c’est que nous sommes affreusement orgueilleux : notre arrogance rationaliste nous amena à croire, comme Job, que nous puissions mettre Dieu au banc des accusés – quand, à vrai dire, c’est là notre place à nous – toujours et chaque fois.

Car nous sommes des créatures : il est notre Créateur. Cette asymétrie fondamentale met une limite à notre compétence théologique. Nous devons nous attendre à ce que nos théories vont parfois s’effondrer, et ce qui nous restera sera le choix entre l’incroyance ou le recours au mystère. Si ce n’était pas le cas, Dieu ne serait pas Dieu.

A ce moment-là, ce n’est pas notre intelligence qui est mise à l’épreuve, c’est notre humilité.

Job avait besoin d’être amené à une vue de lui-même plus humble, et de se rendre compte des limitations de sa propre compréhension et importance. A ce propos, remarquez la manière dont il parle dans le dernier chapitre (42:1-6). S’il y a un but révélé derrière sa souffrance dans ce livre, il se peut que ce soit là où on doit le chercher : dans ces mots « C’est pourquoi je me condamne et je me repens sur la poussière et sur la cendre ».

Avez-vous jamais dit de tels mots ?

Est-ce que vous, avec Job, avez jamais ressenti la majesté ineffablement merveilleuse de Dieu – une majesté qui nous lance aussitôt dans un sentiment humiliant de notre propre insignifiance, mais quand même, nous appelle simultanément par une extase interne mystérieuse à la communion personnelle ?

Job avoue qu’il avait théoriquement connu Dieu (« mon oreille avait entendu parler de toi ») ; mais la théorie n’avait pas suffi – non à l’heure de sa souffrance et de son deuil.

Vous constaterez la même chose. Il se peut que vous soyez né au sein d’une culture chrétienne, éduqué dans une école chrétienne, baptisé dans une église chrétienne, formé dans une université biblique évangélique – mais toute l’expérience religieuse et toute la connaissance théologique du monde ne signifieront rien pour vous si Dieu vous entraîne dans des circonstances contredisant les théories traditionnelles enseignées par la communauté chrétienne. En fait, notre expérience chrétienne devient une pierre d’achoppement dans de telles circonstances. Car, dans notre orgueil, celle-là nous fait penser que nous avons un droit à des explications – notre théologie devrait pouvoir se débrouiller ! Non, elle ne peut jamais surmonter le mystère profond de la souffrance :

« J’ai parlé d’un sujet trop ardu, je n’y comprenais rien et ne le savais pas ».

Il y a un million de choses que nous ne comprenons pas – plus la science découvre de nouvelles explications, plus elle pose de nouvelles questions. Et parmi ces questions insondables, cachée dans l’abîme des conseils éternels de Dieu, se trouve l’explication ultime au problème de la souffrance innocente.

(Je vous suggère que le but divin de l’orientation homosexuelle soit également caché dans ces conseils-là.)

Mais pour l’instant, de telles explications ne nous sont pas connaissables. Les chrétiens qui insistent qu’ils connaissent les explications ont tort. Et ils sont de mauvais conseillers parce que, comme les trois amis de Job, ils finissent par accuser à tort les innocentes afin de faire leurs fausses théories sembler valables.

Nous n’avons pas besoin d’être intimidés par eux. Car notre expérience anormale est en fait un privilège ; si nous y répondons correctement, elle peut nous amener à une entièrement nouvelle dimension de compréhension spirituelle.

Quand la douleur tourmente notre corps, quand les fantasmes qui ne sont pas bienvenus envahissent notre sommeil, lorsque des amis s’unissent pour nous condamner, lorsque la mort plane sur notre – alors, ce n’est pas un manuel de théologie que nous avons besoin de lire ; ce n’est même pas ce discours que nous avons besoin d’écouter !

Seule une rencontre personnelle avec le Dieu vivant suffira dans une telle situation : une rencontre qui va au-delà des théories intellectuelles de seconde main et parvient à l’expérience de première main de nos cœurs :

« Jusqu’à présent j’avais seulement entendu parler de toi. Mais maintenant, mes yeux t’ont vu. »

Il se peut que certains d’entre vous connaissent bien la poésie étrange et évocatrice de Gerard Manley Hopkins, le jésuite victorien. Sa poème majestueuse, Le naufrage du Deutschland, a été écrite à la suite d’une tempête en mer qui a coûté de nombreuses vies, y compris un groupe de religieuses. La nouvelle de leur mort a nettement horrifié Hopkins. Dans sa poème il se projette lui-même de façon imaginative dans la position d’une personne sur le pont du navire endommagé alors qu’ils font face à l’éventualité de la noyade imminente. Et à travers l’obscurité de cette anticipation terrifiante, il aperçoit, comme Job, non un tourbillon de chaos dénué de sens, mais le visage de majesté infinie :

Toi qui me domptes, Dieu
Qui donnes le souffle et le pain
Grève du monde, ondulation de la mer
Seigneur des vivants et des morts
Mes os et mes veines as-tu liés
Ma chair fixée
Et après qu’elle, apeurée, a presque défait ton œuvre.
Et me touches-tu à nouveau ?
Encore je sens ton doigt
Et te trouve.

En ces vers forts, Hopkins avoue qu’en fin de compte, comme Job, il n’a pas d’explications. Au lieu de cela, il a découvert à quel point il est impertinent de croire avoir le droit de demander des explications. Comme Luther, il s’est humblement rendu compte de l’absurdité de croire en un « Dieu trop humain ».

Naturellement, la raison humaniste n’acceptera jamais cela. Dans son arrogance elle est trop prométhéenne pour se mépriser et pour repentir sur la poussière et sur la cendre. Voilà pourquoi c’est idolâtre. Voilà pourquoi Dieu doit la juger.

Mais croyez-moi. Non – croyez Job. La seule façon dont l’âme souffrante puisse trouver de la paix – le seul endroit où des créatures de la poussière telles que nous puissent s’attendre à trouver Dieu – est dans l’humilité.

Peut-être que vous trouverez cette expérience dans votre tempête privée comme l’a fait Job. Ou bien peut-être que vous la trouverez, comme l’ont fait certains d’entre nous, au pied de la croix. Notre foi chrétienne, basée sur le Nouveau Testament, et la foi de Job, basée sur l’Ancien Testament, mettent l’accent sur des points différents. Je crois que Job avait envie de découvrir l’autre point de vue, et il se peut qu’il l’ait entraperçu de temps en temps avec pénétration prophétique. Notre foi centre sur la souffrance. Nous révérons un homme au supplice, pendu à une croix – un homme vertueux dont l’innocence était plus dignement révolté par le caractère immérité de sa souffrance que Job aurait jamais pu être. Un homme qui a terriblement souffert – encore plus terriblement que Job – jusqu’à la mort. Et qui a crié pendant ses derniers moments, comme Job, « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Il est étrange que nous considérions cela comme le centre de notre foi – car n’avons-nous sûrement pas argumenté qu’une telle vision devrait être au-dessus de toute chose qui contredit la foi ?

Mais non – voilà le dernier paradoxe, où le cœur découvre ses raisons que la raison ne peut pas connaître.

Au pied de la croix :

  • nous trouvons le visage humain de Dieu que Job a tellement voulu voir
  • nous découvrons l’espoir au-delà de la mort que Job a tellement voulu posséder

C’est là où, plus choquant et quand même plus réconfortant que tout autre mystère divin, nous trouvons un Dieu qui souffre avec nous – mais non, encore mieux, un Dieu qui souffre pour nous.

Nous faisons comme si c’étaient des explications que nous cherchons, mais ce n’est vraiment pas le cas, pas au moment critique. C’est l’assurance que Dieu est à nous – que nous appartenons à lui et lui à nous – que nous avons vraiment envie de posséder. Car après avoir reçu cela, nous pouvons endurer tout.

Voilà le miracle que nous voulons – et au pied de la croix, c’est le miracle que nous obtenons.

© Roy Clements. Tous droits réservés.

dimanche 23 novembre 2008

La foi évangélique et l’homosexualité

par le Dr Ralph Blair, fondateur d’Evangelicals Concerned, Inc.

Une Conférence au Princeton Theological Seminary

21 mars 2003

Voici ce qui est si évident à première vue : parmi tous les chrétiens, il se peut que les Evangéliques aient le plus de difficultés à intégrer n’importe quelle expression de l’homosexualité avec la foi chrétienne. Mais voici ce qui n’est pas si immédiatement évident : parmi tous les chrétiens, les Evangéliques devraient avoir le moins de difficultés à intégrer au moins une certaine expression de l’homosexualité avec la foi chrétienne.

Pourquoi tant d’Evangéliques ont-ils de telles difficultés ? C’est peut-être parce qu’ils ont tendance à ne prendre au sérieux ni le péché ni l’Evangile autant qu’ils le prétendent ? Ils n’auraient pas autant de difficultés s’ils prenaient le péché et l’évangile aussi sérieusement qu’ils le devraient.

Les Evangéliques affirment que le péché est tellement horrible qu’il a coûté la vie à Jésus sur la croix. Et il l’est en effet. Et il a en effet coûté la vie à Jésus. Jésus est mort sur la croix pour expier l’horreur du péché de ce monde – y compris le viol, l’excès sexuel et l’orgueil sexuel. Mais pense-t-on vraiment que Jésus a pris le chemin de la croix pour expier une expression affectueuse d’une psycho-sexualité non choisie? Est-il venu mourir parce qu’un couple fidèle et de même sexe dort et mange ensemble, et fait la vaisselle ensemble ?

Les Evangéliques prêchent que le sacrifice du Calvaire l’emporte sur tout. Et c’est vrai. Il l’emporte sur tous les péchés du monde, que ce soient les horreurs de cruauté si facilement considérées comme des péchés ou les horreurs de religiosité difficilement considérées comme des péchés. De plus il l’emporte sur les conséquences du péché : la mort, « le salaire du péché », et l’enfer lui-même. Jésus est mort afin que les pécheurs puissent être sauvés du péché, de la mort et de l’enfer.

Cependant, dans la rhétorique anti-gay, il paraîtrait que Jésus est mort pour expier un simple détail anatomique. C’est ce que fait un couple avec deux pénis ou deux vagins plutôt que ce que fait un autre couple avec un pénis et un vagin qui constitue le péché dans l’argument anti-gay. Comme le soutient un antagoniste évangélique : « la complémentarité des organes sexuels mâles et femelles » est l’accusation « la plus claire » contre l’homosexualité. [Robert A. J. Gagnon] Mais, bien sûr, la complémentarité sexuelle est un peu plus compliquée que des jeux de construction ! Dans l’attraction hétérosexuelle comme dans l’attraction homosexuelle, ce qui fait deux personnes s’attirer est l’altérité fascinante perçue dans le personnage entier de l’autre, pas la forme de leurs organes génitaux. D’ailleurs, même dans l’aspect physique des relations sexuelles, beaucoup plus que les mécanismes génitaux est impliqué. Un autre Evangélique anti-gay affirme que sans une telle dissimilitude anatomique, les « rapports sexuels de même sexe perdent la dimension symbolique de deux-devenant-un qui est présente dans les rapports sexuels mâles/femelles ». [Stanley J. Grenz] Mais il n’apprécie pas la complexité du phénomène d’une-seule-chair, une union qui porte sûrement plus sur deux êtres humains que sur deux détails anatomiques. Le « péché » de l’homosexualité se réduit alors à une question de conformité anatomique sans différencier l’expression d’amour et de violence sexuelle. Dans chaque cas le « péché » demeure dans l’élément de même sexe, point final. Ce n’est guère une approche satisfaisante même à l’égard du péché sexuel.

Les Evangéliques sont des gens de la Bonne Nouvelle – l’euangelion du Nouveau Testament. C’est le mot grec dont ‘évangélique’ dérive. Selon un érudit biblique évangélique, les termes ‘évangélique’ et ‘évangélicalisme’ sont « les plus utiles quand ils s’en tiennent à leur étymologie dans l’Evangile, la Bonne Nouvelle, que Dieu ‘avait promis par ses prophètes dans les saintes Ecritures concernant son fils Jésus-Christ,’ (Rom 1:2,3) en supposant qu’on tient un tel ‘Evangile’ avec fermeté et sincérité de cœur. Par suite, le christianisme évangélique comme mouvement doit être vu comme déterminé par son centre, non par ses extrêmes – et même ce centre doit, vu sa propre confession, être constamment testé par l’étude des Ecritures saintes ». [D. A. Carson] Un historien évangélique ajoute : « en dehors d’une foi en commun dans un évangile surnaturel, les croyances théologiques des Evangéliques divergent de façon significative ». [Mark Knoll] En fait, selon le président du Southern Baptist Seminary et un historien de l’Eglise au Westminster Seminary : « une seule tradition évangélique n’existe pas ». [Albert Mohler, Jr. et D.G. Hart] Si ces observations sont précises en général, comment soutenir que – pour ce qui est d’une expression affectueuse et fidèle de l’orientation homosexuelle – la foi évangélique exige, d’une façon ou d’une autre, une condamnation virulente ?

L’ignorance joue sans doute un rôle dans l’opposition à l’homosexualité. Et bien que l’ignorance honnête puisse être remédiée par de meilleure connaissance de la Bible, de la science et de l’expérience humaine, l’ignorance volontaire est immunisée contre toutes les données. Le pharisaïsme joue aussi un rôle. Mais on peut se repentir du pharisaïsme et être pardonné par la grâce de Dieu.

L’opposition à l’homosexualité des chrétiens conservateurs peut s’expliquer tout autant par l’allégeance aux programmes sociopolitiques de la droite, partagée par les sécularistes de droite, que que par une quelconque raison reliée au christianisme. Peut-être que c’est simplement une question de succomber à un Zeitgeist suffoquant !

Mais à moins que le péché ne soit vu en tant que quelque chose bien plus sinistre qu’une juxtaposition de terminaisons nerveuses de la peau qui exprime une affection profonde entre deux personnes de même sexe engagées à s’aimer l’une l’autre – l’homosexualité restera un obstacle pour ces gens. Et ceux-ci resteront des obstacles pour les homosexuels, que ce soient eux qui ont besoin d’entendre l’Evangile du Christ et d’y répondre ou ceux qui, ayant entendu et affirmativement répondu à l’Evangile, sont maintenant avertis que l’Evangile ne suffit tout bonnement pas dans leur cas.

Et à moins que la grâce de Dieu en Christ ne soit vue en tant que quelque chose bien plus puissamment précieux qu’un antidote moraliste à une telle juxtaposition de terminaisons nerveuses – l’homosexualité restera un obstacle pour ces gens. Et ceux-ci resteront des obstacles pour les homosexuels, que ce soient eux qui ont besoin d’entendre l’Evangile du Christ et d’y répondre ou ceux qui, ayant entendu et affirmativement répondu à l’Evangile, sont maintenant avertis que l’Evangile ne suffit tout bonnement pas dans leur cas.

Voici une autre chose évidente : les factions ecclésiastiques de la gauche semblent n’avoir aucune difficulté à intégrer presque toute expression d’homosexualité avec la foi chrétienne. Voici ce qui n’est peut-être pas si évident : la facilité avec laquelle les factions ecclésiastiques de gauche s’alignent avec n’importe quelle cause LGBT peut s’expliquer tout autant par l’allégeance aux programmes sociopolitiques de gauche, partagée par les sécularistes de gauche, que par une quelconque raison reliée au christianisme. Peut-être que c’est simplement une question de succomber au Zeitgeist suffoquant !

On me pose souvent des questions sur la lutte personnelle que j’aurais eue il y a un demi-siècle en tant qu’adolescent né de nouveau pour essayer d’assumer mon homosexualité. Je suis toujours inquiet que ma réponse – je n’ai vraiment jamais eu de difficultés – puisse sembler dure en raison des épreuves sérieuses subies par tant de gens de nos jours. Pourquoi est-ce que moi, je n’avais pas une telle angoisse à l’âge de 16 ans au milieu des années 50 – et puis au Bob Jones University ? Pourquoi est-ce que j’avais tellement peu de gêne avec l’homosexualité comme officier de l’InterVarsity à une université publique et pendant mes années aux séminaires de Dallas et de Westminster ? Et, faisant partie de personnel d’InterVarsity à Yale en 1964, comment est-ce que je pouvais parler en faveur de l’homosexualité tellement franchement et affirmativement qu’on ne m’a pas invité l’année suivante ?

De nos jours, de jeunes Evangéliques sortent du placard après des décennies d’une société progressivement plus tolérante envers l’homosexualité. Et ils sont remplis de peur, douleur, frustration et colère. Ils déchaînent leur rage contre leur éducation dans le christianisme évangélique. Beaucoup d’entre eux sont tellement furieux qu’ils « jettent le bébé avec l’eau du bain ». Ils ne veulent plus du tout être associés aux Evangéliques. Mais leur amertume témoigne d’un amour non réciproque. Et tristement, ils se laissent prendre par n’importe quel type de spiritualité superficielle et fausse à condition qu’elle soit pro-gay.

Qu’attendre d’autre ? Pour un adolescent ayant un désir homosexuel de plus en plus puissant et involontaire, ainsi qu’une incapacité croissante de contrôler les contradictions cognitives dans lesquelles l’expérience psycho-sexuelle est en désaccord avec l’enseignement de son église locale selon laquelle ce désir envers le même sexe est un « choix » vers « l’abomination », il lui faudra abandonner l’un ou l’autre. Et ce ne sera pas ce qui est involontaire. Il abandonnera ce qui a été choisi – l’église évangélique qui était autrefois un tel refuge des bonnes nouvelles, mais dont il s’est maintenant aliéné parce qu’elle prêche que son désir spontané d’intimité est strictement interdit. Par ailleurs si cette église pouvait tellement se tromper sur ce qu’elle déclare au sujet de l’expérience personnelle d’envies profondes et constantes, comment est-ce qu’une jeune personne peut-elle avoir confiance en cette église pour avoir raison sur ce qu’il n’est pas possible de connaître simplement par expérience – les doctrines de Dieu, du Christ, du salut et ainsi de suite ? C’est un peu ce que les jeunes Evangéliques qui sont gay affrontent de nos jours.

Quels facteurs contribuent à la différence entre ma propre facilité relative dans le passé et l’angoisse de ceux qui sortent du placard de nos jours ?

Le plus significatif, c’est qu’il y avait la présentation claire de l’Evangile pur que j’entendais pendant mon enfance. La bonne nouvelle était l’invitation à venir au Christ. Mais comment ? D’après les paroles de Charlotte Elliott, auteur anglican d’hymnes, chantées à la fin de chaque réunion de Billy Graham : « Tel que je suis, sans rien à moi, sinon ton sang versé pour moi, et ta voix qui m’appelle à toi, Agneau de Dieu, je viens, je viens ! » Jean 3:16 – pur et simple ! Cette prédication n’a pas été encombrée avec toutes les adjonctions sociopolitiques d’une Droite Religieuse fâchée. Naturellement on a enseigné une norme morale. Mais les enseignements étaient d’accomplir ou de ne pas accomplir des actes de bonté rigoureuse, en reconnaissance de la bonté de Dieu. La norme morale n’a pas souillé mon être vrai.

Pendant les années 50 il n’y avait aucun modèle chrétien qui était ouvertement gay ou lesbienne. Mais peu importait. J’avais beaucoup de modèles pour être un chrétien ! Et voilà ce qui avait de l’importance. J’étais chrétien, et il se trouvait que j’étais attiré par quelques personnes du même sexe que moi. D’accord ? Je croyais en l’évangile du Christ, simple mais profond, au pied de la lettre, et puis j’ai découvert les détails. Quoi que j’aie trouvé du légalisme mesquin et du pharisaïsme, je les considérais contraires à l’évangile et contraires à l’amour vaste du Christ, et au mode de vie chrétien et réaliste à laquelle il nous appelle.

Il y a également de nos jours une mentalité chagrinée et exagérée de victime qui est très à la mode. Et elle est liée avec un sens de privilège exagéré dans lequel tellement est interprété en termes de ses propres droits seulement. Ceux qui sortent du placard de nos jours sont aisément victimes de cette hypersensibilité et cette hypervigilance de la politique égocentrique d’identité autant qu’ils sont des victimes de l’homophobie et de l’hétérosexisme qui en font également partie.

Une telle façon égocentrique de voir engendrera certainement des sentiments de douleur, peur, frustration et colère. Aggravant le problème, ces sentiments sont éprouvés au sein d’une communauté où ils sont plus privilégiés que l’analyse cognitive. En essayant de contrôler les sentiments de douleur, peur, frustration et colère basés sur des interprétations de l’oppression, on se met en rage. Et un tel dégagement émotif est encouragé, voire programmé, au sein du mouvement LGBT. Mais cette approche ne fait que renforcer la douleur, la peur, la frustration et la colère, et on demeure emprisonné dans une explosion de rage impuissante, exigeant que d’autres soient blâmés et que d’autres réparent ce qu’ils ne veulent pas beaucoup réparer.

Sans essayer de changer la manière dont d’autres gens nous traitent, toujours une tâche délicate voire impossible, pouvons-nous changer la manière dont nous nous traitons nous-mêmes ? Est-ce que nous pouvons nous ramener nous-mêmes à la raison au lieu d’essayer de les ramener à la raison ? Du moins pouvons-nous commencer à nous ramener à la raison tout en essayant de les ramener à la raison ?

Assurément il doit y avoir une meilleure façon d’aborder le sujet de l’homosexualité que celle que la plupart des Evangéliques ont trouvée jusqu’ici. Et il y en a. C’est la vraie voie ancienne de l’Evangile à laquelle l’Eglise a dû revenir maintes fois à la suite de détours négligents et dangereux.

Paul a souligné l’évangile pur de la grâce salvatrice de Dieu, et de la justification par foi en Jésus Christ seul, en dehors de toute distinction conventionnelle. Particulièrement pertinent pour nous est ce qu’il a écrit dans Romains 1 et 2, Romains 14, Galates 3 – et dans ces mots inestimables de Romains 8. Il y a maintenant presque trois décennies que nous les imprimons en haut de notre bulletin d’EC : « Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Rom 8:38-39) Au fait, il n’y a aucune preuve écrite confirmant la rumeur que Paul aurait ajouté : « Oh, j’ai oublié quelque chose – rien sauf toute forme d’homosexualité ! »

Pour moi, la véritablement bonne nouvelle de l’Evangile du Christ l’a toujours emporté sur les piètres substitutions égoïstes qu’on fournit – que ce soient dans les cercles fondamentalistes et libéraux, ou dans la Droite Religieuse et la Gauche LGBT où l’homosexualité est une véritable obsession. Comme l’exprime sagement D. L. Moody, évangéliste du 19e siècle : « Regardez ce qu’il est, et ce qu’il a fait, non ce que vous êtes, et non ce que vous avez fait. C’est là le moyen de trouver la paix et le repos ».

Les résultats d’un sondage Gallup montrent que 46 pour cent d’Américains indiquent être « Evangéliques » ou « nés de nouveau ». Donc, des millions d’homosexuels et leurs familles sont obligés d’affronter l’homosexualité en rapport avec la foi chrétienne évangélique. Et quoique la plupart pensent qu’ils opèrent avec des vérités données par Dieu, ils ont une compréhension lamentablement faible non seulement de l’homosexualité, mais aussi de la foi évangélique. Car, comme déjà indiquée, leur supposition qu’une position anti-gay soit un principe de base du christianisme évangélique, comme tel, est erronée.

Et donc je ferais appel aux autres Evangéliques pour examiner de plus près ce qu’ils croient connaître de l’homosexualité et ce qu’ils croient connaître de la foi chrétienne. Prenons au sérieux l’évangile et ne le reléguons pas à juste un mantra. Prenons au sérieux le péché et ne le réduisons pas à une simple question de conformité anatomique. Soyons des disciples de Jésus, fidèles à la Bible sans justifier quelques versets bibliques, pauvrement compris, hors de toute proportion à l’appel clair de Jésus pour un amour reconnaissant pour Dieu et un rigoureusement généreux amour pour notre prochain. Et regardons en nous-mêmes plus honnêtement, afin que nous puissions voir les besoins des autres dans nos besoins, leurs fautes dans nos fautes et même leurs faiblesses dans nos faiblesses et, confrontés à des hostilités, que nous suivions Son exemple de sacrifice de soi et trouvions la solution par la croix du Christ, le seul Seigneur et Sauveur qui soit.

© Ralph Blair, tous droits réservés (traduction : F.W.)

La Bible est un placard vide

(The Bible Is An Empty Closet)

par Ralph Blair

« Les questions relatives à l’homosexualité sont très complexes et ne sont pas comprises par la plupart des membres de l’Église chrétienne », affirme Bernard Ramm du American Baptist Seminary of the West. Cet érudit évangélique de l’interprétation biblique l’indique : « Pour eux, elle est une forme abjecte de perversion sexuelle condamnée tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament ». Mais comme le dit Marten H. Woudstra, spécialiste de l’Ancien Testament au Calvin Theological Seminary : « Il n’y a rien dans l’Ancien Testament qui corresponde à l’homosexualité comme nous la connaissons aujourd’hui » et selon Victor Paul Furnish, spécialiste du Nouveau Testament au Southern Methodist University : « Il n’y a aucun texte se référant à l’orientation homosexuelle dans la Bible ». Comme le constate Robin Scroggs de l’Union Seminary : « Les jugements bibliques contre l’homosexualité ne sont pas adaptés au débat actuel. On ne devrait plus les employer … non parce que la Bible n’est pas l’autorité définitive, mais simplement parce qu’elle ne traite pas les questions soulevées. … Aucun auteur du Nouveau Testament ne considère [l’homosexualité] assez importante pour donner sa propre opinion sur le sujet ». Comme l’exprime Helmut Thielicke, théologien évangélique : « On est libre de discuter de ... l’homosexualité ... seulement quand on se rend compte que même le Nouveau Testament manque d’une déclaration normative évidente en ce qui concerne cette question. Même le type de question auquel nous sommes arrivés ... doit être, pour des raisons purement historiques, étranger au Nouveau Testament ».

Les idées et les compréhensions de la sexualité ont beaucoup changé au cours des siècles. Ceux qui vivaient dans les périodes bibliques ne partageaient pas notre connaissance des différentes pratiques sexuelles; nous ne partageons pas leur expérience. À cette époque il n’y avait aucun rendez-vous amoureux comme nous le connaissons aujourd’hui; les pères arrangeaient les mariages. Les anciens, comme le constate David Halperin du Massachusetts Institute of Technology, « concevaient la ‘sexualité’ en termes non-sexuels : ce qui était fondamental dans leur expérience sexuelle n’était pas quelque chose que nous considérerions comme essentiellement sexuel : plutôt il s’agissait de quelque chose d’essentiellement social – à savoir, les catégories des relations de pouvoir qui ont nourri et ont structuré l’acte sexuel ». Dans le monde antique, le sexe n’est « pas intrinsèquement relationnel ou accompli en collaboration; il est, de plus, une expérience profondément polarisante : il sert à séparer, classifier et à répartir ses participants en catégories distinctes et radicalement dissemblables. Le sexe possède cette capacité, apparemment parce qu’il se conçoit comme étant à la fois concentré essentiellement sur et défini par un geste asymétrique – la pénétration du corps d’une personne par le corps, et, spécifiquement, par le phallus d’une autre. [Pour un citoyen] les cibles appropriées du désir sexuel comprennent, en particulier, la femme, le garçon, l’étranger, et l’esclave – dont tous ne possèdent pas les mêmes droits et privilèges légaux et politiques que lui ». Dans des études sur le sexe dans l’histoire, John Winkler, spécialiste de l’Antiquité Classique au Stanford University, nous déconseille de « trouver des questions et problèmes politiques contemporains se cachant dans des textes et des objets antiques sortis de leur contexte social ». Bien sûr, voici un principe de base de l’herméneutique (interprétation) biblique. Cependant, quelques prêcheurs continuent encore à employer certains versets bibliques pour attaquer les lesbiennes et les gays. Examinons de plus près ces versets.

Genèse 1,27

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa ».

Ce verset célèbre la création délibérée et égale par Dieu des personnes qui sont masculines et celles qui sont féminines. Un tel sens de création égale entre les sexes n’était pas typique dans le monde antique. Comme le constate Douglas J. Miller, professeur au Eastern Baptist Seminary : « On aurait tort de chercher … dans les premiers chapitres de la Genèse … des idées grossières de la loi naturelle. ... Cette approche [soutient] le modèle éthique ‘physique’ sur lequel l’hétérosexisme est établi. ... Cette approche de la création se base sur l’anachronisme évident créé par l’introduction des définitions de la nature du 13e siècle dans des textes hébraïques antiques. » Ceux qui emploient Genèse 1,27 contre les homosexuels devraient constater la déclaration dans Galates 3,28 où Paul insiste qu’il n’y a plus de signification théologique à la paire hétérosexuelle « homme et femme ». D’après F.F. Bruce, érudit Pauline évangélique : « Ici Paul énonce le principe fondamental; si des restrictions à cet égard sont trouvées ailleurs … elles doivent être comprises par rapport à Galates 3,28, et non vice versa ».

Genèse 19 (cf. 18,20)

L’histoire de Sodome et de l’obligation de Loth d’être hospitalier envers ses invités.

Selon William Brownlee, érudit biblique évangélique : « Dans la Genèse la ‘sodomie’ (supposée) est essentiellement l’oppression des faibles et des impuissants; et l’oppression de l’étranger est l’élément essentiel de Genèse 19,1-9 ». John Boswell du Yale University le constate : « Sodome est employé comme symbole du mal dans des douzaines de passages [de la Bible] mais le péché des Sodomites n’est qualifié d’homosexualité dans aucun exemple ». Écoutez le prophète Ezéchiel (16,48-49) au sujet du péché de Sodome : « Par ma vie, oracle du Seigneur Yahvé ... Voici quelle fut la faute de Sodome ta sœur : orgueil, voracité, insouciance tranquille, telles furent ses fautes et celles de ses filles; elles n'ont pas secouru le pauvre et le malheureux, elles se sont enorgueillies et ont commis l’abomination devant moi ». (cf. Mt 10,15) Les hommes de Sodome ont essayé de dominer les étrangers à la maison de Loth en les soumettant à l’abus sexuel. La motivation pour une telle tentative de viol collectif est l’humiliation et la violence, non l’affection homosexuelle.

Lévitique 18,22 (20,13)

« Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination ».

« Abomination » (TO’EBAH) est un terme technique cultique qualifiant celui qui est rituellement impur, comme le tissu mixte, le porc, et les rapports sexuels avec des femmes en menstruation. Ce terme n’a pas de rapport avec un problème de morale ou d’éthique. Ce Code de Sainteté (chapitres 17-26) interdit à un homme de coucher « avec un homme comme on couche avec une femme ». On considérait comme pollution un tel mélange des rôles sexuels. Mais même Jésus et Paul ont tous deux rejeté toutes ces formes de distinctions rituelles. (Cf. Mc 7,17-23; Rom 14,14&20) Le Fundamentalist Journal avoue que ce Code condamne « les pratiques idolâtres » et « l’impureté rituelle » et conclut : « aujourd’hui nous ne sommes pas tenus par ces commandements ».

Deutéronome 23,17-18

« Il n’y aura pas de prostituée sacrée parmi les filles d’Israël, ni de prostitué sacré parmi les fils d’Israël ».

Ces termes, KEDESHA et KADESH, signifient littéralement « saint » ou « sacré ». Il n’y a aucun dérivé hébreu du mot « Sodome » dans cet extrait; la Bible anglaise « King James » l’a erronément traduit. Ici les mots hébreux font référence aux prêtresses-prostituées « sacrées » (féminines et d’eunuques) des cultes cananéens de fertilité, qu’Israël devait à tout prix éviter. D’ailleurs, comme le constate George R. Edwards, érudit biblique du Louisville Presbyterian Seminary : « Aucun prophète n’emploie le substantif signifiant ‘prostituée masculine de culte’ ni parle de l’activité d’une telle personne. En fait, au sujet d’actes homosexuels, les prophètes sont aussi silencieux que la tradition entière de l’enseignement de Jésus dans le Nouveau Testament. C’est », soutient-il, « un silence très significatif ».

Romains 1,26-27

« Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; pareillement les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme et recevant en leurs personnes l’inévitable salaire de leur égarement ».

Se tournant vers les écritures de Paul, V.P. Furnish éclaire la question : « Puisque Paul n’a offert aucun enseignement direct à ses propres églises concernant le comportement homosexuel, il est certain que ses lettres ne peuvent produire aucune réponse spécifique aux questions qui se posent à l’église moderne. ... Pour Paul, ni la pratique de l’homosexualité, ni la promiscuité hétérosexuelle, ni n’importe quel autre vice spécifique n’est défini en tant que tel comme étant un ‘péché.’ À son avis le péché fondamental dont tous les maux particuliers découlent est l’idolâtrie – l’adoration de ce qui est créé plutôt que le Créateur, soit une idole en bois, soit une idéologie, soit un système religieux, soit un certain code moral particulier ».

Dans Romains 1, Paul ridiculise la rébellion religieuse païenne, en disant qu’ils connaissaient Dieu mais adoraient des idoles plutôt que Dieu. Pour construire son raisonnement, ce qu’il tournera contre les moralisateurs juifs au 2e chapitre, il fait allusion aux pratiques typiques des cultes de fertilité impliquant des pratiques sexuelles entre des prêtresses, et entre des hommes et des eunuques-prostitués comme ceux qui servaient la déesse Aphrodite en Corinthe, d’où il a écrit cette lettre aux Romains. Leurs rites d’auto-castration ont eu comme conséquence une « pénalité » corporelle. Comme l’explique Catherine Krueger dans le Journal of the Evangelical Theological Society : « Les hommes portaient des voiles et les cheveux longs pour indiquer leur dévotion envers la déesse, alors que les femmes employaient le dévoilement et les cheveux courts pour indiquer la leur. Les hommes se faisaient passer pour des femmes, et dans une peinture rare sur un vase de Corinthe, une femme porte un pantalon de satyre équipé de l’organe masculin. Ainsi elle danse en présence de Dionysos, une déité qui avait été élevée comme une fille et était elle-même appelée mâle-femelle et ‘homme simulé’ ». Krueger poursuit : « Le changement de sexe qui caractérisait les cultes de telles grandes déesses comme Cybèle [Aphrodite, Ishtar, etc.], la déesse syrienne, et Artemis d’Éphèse était plus effroyable. Les mâles se sont volontairement châtrés et ont porté des vêtements de femmes. Un bas-relief de Rome dépeint un grand-prêtre de Cybèle. Le prêtre châtré porte un voile, des colliers, des boucles d’oreille et une robe féminine. Il est considéré comme ayant échangé son identité sexuelle et comme étant devenu une prêtresse ». Comme tels, ces prostitués religieux s’engageaient dans des orgies de même sexe dans les temples païens tout au long des côtes parcourues par Paul au cours de ses voyages missionnaires. « Le concept de l’homosexualité compris par Paul », comme l’indique Thielicke, « était un de ceux affectés par l’atmosphère intellectuelle entourant la lutte avec le paganisme grec ». Scroggs remarque : « les illustrations sont secondaire à la structure théologique élémentaire [de Paul] » (cf. 3,22b-23, la sommaire de Paul), et Furnish ajoute : « la pratique de l’homosexualité en tant que telle n’est pas le sujet de discussion ». Ce que décrit Paul dans le premier chapitre de Romains, ne s’agit-il pas des orgies païennes qu’il cherche à ridiculiser plutôt que l’amour et le soutien mutuel dans la vie domestique des lesbiennes et des gays d’aujourd’hui?

1 Corinthiens 6,9 & 1 Timothée 1,10

Les références de Paul à malakoi et à arsenokoitai.

Gordon D. Fee, professeur évangélique du Nouveau Testament au Regent College, est d’avis que ces deux termes sont « difficiles ». Le Fundamentalist Journal l’admet : « Il est difficile de traduire ces mots ». Concernant arsenokoitai, Fee le constate : « C’est la première apparition en littérature préservée, et les écrivains suivants sont peu disposés à l’employer, particulièrement pour la description de l’activité homosexuelle ». Scroggs l’explicite : « Paul ne fait allusion qu’à des pédérastes. … Il n’y avait aucune autre forme d’homosexualité masculine dans le monde Greco-Romain qui pourrait venir à l’esprit ». Les sources antiques indiquent que les malakoi étaient des garçons-prostitués efféminés. Bien que Paul semble avoir inventé arsenokoitai, ce terme se réfère, peut-être, aux clients des garçons-prostitués, bien que personne ne puisse être ici affirmatif. Toutefois, l’essentiel est clair : les chrétiens qui se diffament et s’intentent des procès dans les tribunaux païens les uns contre les autres sont aussi honteux que des voleurs, des ivrognes, des gloutons, et les malakoi et les arsenokoitai (quels qu’ils soient). L’autre sorte de pédéraste au temps de Paul était un adulte mâle qui exploitait sexuellement des esclaves qui étaient ses « mignons ». Les garçons désirés étaient pré-pubères ou au moins imberbes de sorte qu’ils ressemblaient à des femmes. Ces hommes se mariaient avec des femmes pour percevoir une dot, procréer et pourvoir à l’éducation des héritiers. Pour le sexe ils avaient des « mignons » – ce qui est éloigné de l’image des couples homosexuels d’aujourd’hui.

La Bible est un placard vide. Elle n’a rien de spécifique à dire au sujet de l’homosexualité en tant que telle. Mais la Bible a beaucoup à dire au sujet de la grâce de Dieu pour tout le monde et de Son appel à la justice et compassion. Jésus a résumé la loi de Dieu dans ces mots de l’Écriture Sainte : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. … [et] tu aimeras ton prochain comme toi-même ». (Mt 22,37-39)

© Ralph Blair, tous droits réservés (Traduction : Fred Wells)